Du raisin pour déglacer les routes?

DIEPPE – On connaissait la faculté des Européens à transformer les raisins pour produire du bon vin, moins pour déneiger les routes… L’entreprise suisse BTHI holding propose d’utiliser un nouveau produit «bio», SnowFree, à base de pulpe de raisin. Ce procédé permettrait de réduire de 70 % la consommation de sel et par la même occasion la pollution engendrée.

L’idée est née dans la tête de son inventeur, Florent Théotiste, qui en a eu l’idée en contemplant les vignobles enneigés. Il y a ainsi constaté que la neige y fondait plus vite que dans les autres champs.

Après des essais en laboratoire, l’idée a germé et les grains de raisin ont confirmé leur capacité: les molécules de la pulpe des raisins tombés dans les vignes sont exothermiques, c’est-à-dire qu’elles dégagent de la chaleur en se décomposant. Avec SnowFree, les résidus de raisin seraient en fait compressés et transformés en granules. Le sel serait toujours présent, mais en plus faible quantité.

Même si l’idée est bonne, elle paraît néanmoins très difficile à mettre en place dans notre pays. Le Canada, il n’y a pas besoin de le rappeler, n’est pas un grand pays viticole. Il faudrait donc certainement importer une bonne partie de ces résidus, et cela aurait un coût.

Néanmoins, cette invention ouvre la porte à un débat. Comment réduire la pollution engendrée par les sels de déneigement tout en ne compromettant pas la sécurité routière?

Le Canada est actuellement le second consommateur de sel de voirie au monde derrière les États-Unis. Selon Environnement Canada, environ cinq millions de tonnes de sel sont utilisées en moyenne chaque année pour le déglaçage des routes.

Or, une partie de ce sel se retrouve dans l’environnement par l’écoulement des eaux de ruissellement et les éclaboussures des routes. Un rapport d’évaluation de 2001 a ainsi conclu que les rejets élevés de sel de voirie avaient un effet nocif sur les écosystèmes d’eau douce, les sols, les végétaux et la faune.

Alors, pour encourager les municipalités et autorités provinciales à réduire leur consommation, un Code de pratique pour la gestion environnementale de sel de voirie a été adopté en 1999.

«Nous encourageons l’utilisation des pratiques exemplaires quant à la gestion de sel de voirie», explique Henry Lau, Porte-parole d’Environnement Canada, tout en rappelant que «les autorités municipales et provinciales sont les personnes les mieux qualifiées pour déterminer la façon dont ces pratiques devraient être adaptées et mises en œuvre».

Les autorités provinciales du Nouveau-Brunswick, justement, délèguent les activités de déneigement à des sous-traitants. L’un d’entre eux, Brun-Way Highways Operations Inc., qui opère sur la route Transcanadienne numéro 2, tente déjà d’enrayer la pollution causée par l’utilisation du sel.

«On fait tremper le sel dans des produits organiques pour améliorer son efficacité. L’hiver passé, on a utilisé, par exemple, du jus de betterave pendant les périodes les plus froides.

On mélange aussi le sel avec de l’eau pour réduire notre consommation», explique Roméo Poitras, directeur général de Brun-Way Highways Operations Inc. «Il est impossible pour le moment de le supprimer totalement. Le sel reste le produit le plus efficace», conclut-il.