Dieppe a bien changé depuis l’époque de Léger Corner

DIEPPE – Le 1er janvier 2012 marquait le 60e anniversaire de la Ville de Dieppe. Certains, parmi les doyens de la municipalité, diront plutôt que Dieppe célèbre ses 66 ans.

C’est en effet en février 1946 qu’Agnès Elsligner propose que le nom de Léger Corner soit remplacé par Dieppe afin de rendre hommage aux soldats canadiens tombés au combat lors du Raid de Dieppe, en France.

Le village nouvellement incorporé grandit ensuite sans arrêt pour inclure les localités de Saint-Anselme, Fox Creek, Chartersville, Dover et Lakeburn pour finalement obtenir le statut de ville en 1952.

Jean Gaudet, élu pour la première fois au conseil municipal de Dieppe en 1977, Louis LeBlanc, ancien conseiller de Saint-Anselme, et William Malenfant, deux fois maire de la cité, ont raconté le Dieppe d’hier à l’Acadie Nouvelle.

Un village sur la route vers Moncton

Pour plusieurs, Léger Corner n’était qu’un autre village par lequel on devait passer pour se rendre à Moncton. Louis LeBlanc s’en souvient. Il prenait l’autobus tous les jours pour se rendre au Collège l’Assomption.

«Je prenais donc l’autobus Moncton-Fox Creek Bus Line! On connaissait tout le monde du coin parce que tout le monde prenait le même autobus que nous. Il y avait deux autobus. Le premier à 7 h le matin et c’était pour les gars qui travaillaient au CN. Le deuxième amenait ceux qui allaient travailler à différentes places comme chez Eaton», confie celui qui a été secrétaire pour le Village de Saint-Anselme de 1963 à 1972.

Les temps étaient plus difficiles à l’époque, mais l’esprit de communauté y était très présent. Les gens se rencontraient à l’emplacement où est maintenant située la station-service Irving sur la rue Champlain, près du centre commercial du même nom.

«Hard Time. Quand je suis revenu en 1963, c’est là où j’achetais mon essence, c’est Hard Time Gallant! C’est tout un personnage! C’était Arthur Gallant!», s’exclame Jean Gaudet, faisant immédiatement sourire M. LeBlanc qui se souvient également de ce personnage. Il y avait aussi une cantine et un salon de barbier dans le coin.

Plus loin, sur la rue Gauvin, jusqu’en 1941, un aéroport se trouvait sur les terrains où se situe actuellement la caserne des pompiers de Dieppe. Peu de temps après la Seconde Guerre, le site du 500 rue Gauvin devient un hippodrome qui porta différents noms jusqu’en 1991.

Cette infrastructure était un important moteur économique. Cer­taines courses pouvaient attirer jus­qu’à 10 000 spectateurs. D’ailleurs, aujourd’hui, le dernier gradin en acier de l’hippodrome a servi de charpente à la nouvelle caserne.

La place Champlain: un rêve!

C’est en 1974 que la place Champlain a ouvert ses portes. Lorsque le projet a été proposé, Louis LeBlanc n’y croyait pas. En fait, pour lui, la cité acadienne a dépassé tout ce qu’il aurait pu imaginer.

«Je me souviens du premier plan qui était sorti avec Sears en avant et d’autres bâtisses en arrière. Je m’étais dit qu’il y avait quelqu’un qui rêve. Que ça n’allait jamais se faire à Dieppe. Finalement, il y a eu une première pelletée de terre», confie M. LeBlanc.

Aujourd’hui, Dieppe n’est plus Saint-Anselme, Fox Creek, Chartersville, Dover, Lakeburn et Léger Corner. La municipalité, qui a profité du boom économique de Moncton et de l’immigration interprovinciale pour se restructurer, est devenue la principale cité acadienne avec son grand centre commercial, son grand parc industriel et son grand aéroport international.

Jean Gaudet est heureux de voir aujourd’hui une ville prospère qui ne cesse de grandir. Il regrette par contre l’atmosphère plus amicale d’hier.

«On est passés du village où tout le monde se connaît à la ville urbanisée où tout semble pouvoir s’acheter. Avant, on avait des amitiés et on partageait. Maintenant, ça favorise l’individualisme. C’est quelque chose que je regrette à Dieppe. On est beaucoup moins proches de nos voisins», déclare M. Gaudet d’un ton beaucoup moins joyeux.