Shippagan: un projet de résidence sème l’inquiétude

SHIPPAGAN – Le projet de résidence pour personnes ayant des problèmes de santé mentale inquiète les habitants de la rue Bellefeuille, à Shippagan. Cette inquiétude s’est exprimée lundi soir durant la réunion du conseil municipal.

Une fois n’est pas coutume, la réunion du conseil municipal, présidée par Patrice-Éloi Mallet en l’absence du maire et de sa suppléante, a fait salle comble.

La population était au rendez-vous pour la présentation officielle du projet porté par le Réseau de services péninsulaire et les Résidences Inkerman. Il s’agit de transformer une grande maison située à l’angle des rues Bellefeuille et de l’Hôtel de Ville en une résidence pouvant accueillir jusqu’à 12 adultes souffrant de problèmes de santé mentale.

Mais, pour se faire, le conseil municipal de Shippagan doit modifier son plan de zonage. Une modification dont les voisins ne veulent pas.

Une première pétition a déjà été signée par plus de 50 habitants des rues Bellefeuille et Cormier. Leur avis d’objection porte sur le rezonage et sur les risques de voir la circulation automobile augmenter dans le quartier.

«Ce n’est pas par peur des maladies mentales qu’on s’oppose», assure Marielle Cormier Boudreau, qui habite sur la rue Bellefeuille.

Elle rappelle que les résidants ne se sont pas opposés par le passé à l’installation dans le quartier de deux foyers pour personnes à besoins spéciaux. Ils souhaitent seulement que leur rue conserve son caractère résidentiel.

D’autres motifs d’inquiétude ont été mis en avant lors des interventions du public à l’issue du conseil. Le premier concerne la nature des troubles mentaux des futurs pensionnaires. Les bénévoles du Réseau de services péninsulaires se sont montrés rassurants:

«Ce sont des jeunes qui sont, par exemple, schizophrènes ou bipolaires, ils ne sont pas dangereux pour les autres.»

L’impact d’une telle résidence sur la valeur des propriétés avoisinantes préoccupe aussi les voisins.

«Il n’y aura pas de barreaux aux fenêtres. Je ne crois pas que cela influencera le prix de revente», assurait lundi soir Laurent Joannette, l’agent d’immeuble responsable de la vente de la propriété en question.

Tous les habitants présents lundi à la réunion du conseil municipal ne sont pas contre le projet. Certains en sont d’ardents défenseurs. Ils soulignent la nécessité d’une telle structure d’accueil. Elle fait actuellement défaut dans la Péninsule, ce qui oblige les familles à trouver des solutions de rechange loin de leur domicile.

Les citoyens de Shippagan ont jusqu’au 4 mai pour s’exprimer sur ce projet qui doit revenir à l’ordre du jour de la réunion du conseil municipal de mai. Partisans et opposants de cette résidence n’ont pas dit leur dernier mot.

Un plan B

«Est-ce qu’on va de l’avant avec un projet qui a déjà autant d’opposition?», s’interroge Berthe-Mance Landry, à l’issue de la réunion du conseil municipal de Shippagan, lundi soir.

Pour la présidente du Réseau de services péninsulaires, «il faut maintenant aller de l’avant» avec ce projet qui date déjà de plusieurs années, quitte à le déplacer si nécessaire.
«Cette résidence, on peut l’installer n’importe où dans la Péninsule», rappelle-t-elle

Le plan B consisterait à implanter la résidence non plus à Shippagan, mais à Inkerman, comme cela avait été envisagé en 2010. Mais le même scénario ne risque-t-il pas de se reproduire ? Les habitants d’Inkerman ne vont-ils pas s’opposer eux aussi ? Berthe-Mance Landry n’y croit pas.

«Cette communauté a déjà fait ses preuves. Ils ont déjà une résidence pour personnes souffrant d’Alzheimer, et quand notre projet a été présenté la salle était comble.»

Une structure utile pour tous

Professeure responsable du cours sur la santé mentale à l’Université de Moncton, Danielle Nolin est convaincue de l’utilité de ce type de résidence alternative.

«Il en faut plus en milieu rural pour permettre aux personnes de rester dans leur région. C’est un outil utile pour l’ensemble de la population. Cela permet d’éviter que les gens se retrouvent à la rue, ce qui coûte au final plus cher à la société.»

Pour autant, Danielle Nolin n’est pas surprise par la réaction des habitants de Shippagan.

«C’est une réaction saine», affirme-t-elle. «Il faut toujours commencer par informer la population et après les gens peuvent avoir une opinion éclairée. Le gros problème, c’est qu’il faut démystifier les troubles de santé mentale, il faut expliquer ce que c’est.»

Justement, les pensionnaires qui sont attendus dans la résidence envisagée à Shippagan ont des besoins de soins et d’encadrement évalués aux niveaux communautaires trois et quatre. À quoi cela correspond ?

«Ce ne sont pas des personnes qui vont mettre en danger la population, elles sont dangereuses surtout pour elles-mêmes», précise la professeure Danielle Nolin.