Une même langue, mais «deux cultures complètement différentes»

CARAQUET – L’intégration s’avère souvent plus facile pour un immigrant européen. Originaire de France, Benjamin Kocyla le reconnaît et il en est lui même un bon exemple. Aujourd’hui directeur de la CAPA (Commission d’aménagement de la Péninsule acadienne) il considère s’être assez bien intégré à la communauté acadienne qui lui a réservé selon lui «un accueil super chaleureux».

Bientôt six ans après être arrivé au Nouveau-Brunswick pour un stage étudiant, il ne regrette pas son choix.

«Je suis content d’être là. Je me suis rendu compte qu’au Québec, il y avait beaucoup de Français, je trouvais ça dommage de faire 5000 kilomètres pour me retrouver avec la même gang. Je suis pas mal content d’être avec de vrais Canadiens.»

Il dit avoir été séduit par la mentalité des Acadiens, les grands espaces, mais reste pragmatique.

«Je me suis rendu compte qu’on a beau parler la même langue, on a deux cultures qui sont complètement différentes. Cela ne se voit pas au premier abord, mais par la suite on se rend compte qu’on a des manières de penser différentes. Il y a une manière nord-américaine, canadienne et une manière européenne de voir les choses.»

«Il y a certaines réactions que je comprends mal, car cela ne serait pas ma réaction naturelle. Cela peut être sur des choses toutes simples, comme le rapport avec la voiture. Se déplacer au centre-ville, faire ses courses et le faire à pied, cela me paraîtra naturel, mais cela ne sera pas forcément le cas pour tout le monde ici. C’est vrai aussi pour la question climatique. Au départ, je ne prenais pas trop en considération la question de la neige, après j’ai compris sa place dans la vie quotidienne.»

«Je suis quelqu’un d’assez sociable», souligne Benjamin Kocyla. S’il s’est intégré facilement, c’est aussi en raison de son investissement personnel dans la communauté en entraînant des jeunes au basketball ou en étant encore pompier volontaire.

Quant à expliquer le faible nombre d’immigrants qui choisissent l’Acadie, plusieurs raisons sont avancées par Benjamin Kocyla: «Je pense que la Péninsule n’est pas assez connue, les immigrants vont plus vers les grandes villes où il y a plus de possibilités d’emploi. Ici, malgré un cadre de vie exceptionnel, il n’y a pas énormément d’emplois qualifiés. En fait, on pense rarement à la campagne comme porte d’entrée dans un nouveau pays.»

La province a-t-elle besoin de plus d’immigrants? «Bien sûr», répond le directeur de la CAPA, «si on veut un pays fort, ça prend de la force démographique».

L’immigration pourrait aussi selon lui contribuer à contrebalancer l’exode rural qui dépeuple le nord de la province au profit du Sud.
«C’est sûr, l’immigration ici, on en parle depuis pas si longtemps que ça. Mais s’il y a plus de monde ici, il y a plus de business, plus d’idées, plus de services et qui dit plus de services dit plus de monde», pense Benjamin Kocyla.

En somme, tout le monde aurait à y gagner, les immigrants eux-mêmes, mais aussi la population locale.