Le N-B lutte contre une épidémie de syphilis

FREDERICTON – Une épidémie de syphilis au Nouveau-Brunswick, dont le nombre de cas s’est multiplié par dix au cours des trois dernières années, pourrait s’avérer encore pire, prévient un responsable provincial en matière de santé publique.

De 1993 à 2007, la province a enregistré en moyenne un cas de syphilis par année. En 2008, ce nombre a grimpé à six. Le total est passé à neuf l’année suivante, 37 en 2010 et 57 l’an dernier.

Il pourrait également augmenter encore davantage cette année, avec 10 cas de l’infection transmissible sexuellement découverts pour l’instant, a expliqué le directeur adjoint de la santé publique de la province, le Dr Denis Allard.

Selon lui, il semble malheureusement exister une tendance à la hausse de la maladie.

Le docteur Allard dit cependant espérer que les professionnels de la santé pourront avoir un effet sur le phénomène, mais, pour l’instant, le nombre d’infections est aussi élevé en 2012 qu’en 2011, sinon plus élevé.

Le Dr Allard a ajouté que les gens infectés sont habituellement âgés de 20 à 25 ans, et précisé que certaines personnes étaient particulièrement à risque en raison de leur comportement sexuel.
«Il s’agit de gens qui ont de multiples partenaires sexuels, surtout si ces partenaires sont anonymes», a déclaré le Dr Allard.

«Ces jours-ci, les gens ont tendance à se rendre sur Internet pour y trouver des partenaires et ne semblent pas beaucoup s’informer, ils veulent seulement avoir des relations sexuelles, et ils attrapent une infection.»

Au dire du directeur adjoint, le ministère de la Santé a oeuvré de façon importante pour offrir de l’information sur la maladie sur son site Internet, et pour faire circuler des dépliants et des affiches sur l’infection et l’utilisation adéquate du condom auprès du public, particulièrement les jeunes adultes.

Depuis la fin de 2009, 92 % des cas de syphilis au Nouveau-Brunswick touchent des hommes, et la plupart d’entre eux ont indiqué n’avoir eu que des partenaires sexuels masculins, selon l’édition de janvier du Bulletin de surveillance des maladies du Nouveau-Brunswick.

Aux yeux d’Alex McKay, un coordonnateur de recherche au sein du Conseil d’information et d’éducation sexuelles du Canada, les statistiques néo-brunswickoises démontrent l’importance de mettre sur pied des programmes d’éducation destinés à la communauté gaie de la province.

Selon lui, trop de gens croient qu’un condom est tout ce dont ils ont besoin pour se protéger.

«Le sexe oral représente un risque bien moindre de transmission du VIH, mais la syphilis se transmet toutefois très facilement par des contacts bucco-génitaux», a-t-il dit.

Il ajoute d’ailleurs que la majorité des programmes d’éducation de la province de l’an dernier ciblaient des bars et des sites Internet fréquentés par des homosexuels.

D’autres provinces, comme l’Ontario et la Colombie-Britannique, ont elles aussi subi des éclosions de cas de syphilis. Au niveau national, le nombre de cas est passé de 174 en 2000 à 1757 vers la fin de 2010.

Le sida est en progression chez les jeunes adultes

Le docteur Réjean Thomas, originaire de la Péninsule acadienne, est inquiet de constater que de plus en plus de jeunes adultes contractent le VIH/sida, ce qui contribue notamment à faire diminuer la moyenne d’âge des personnes infectées.

Les plus récentes données compilées par la clinique montréalaise l’Actuel, spécialisée dans les traitements du sida et des infections transmises sexuellement (ITS), indiquent que 34 % des nouveaux séropositifs n’étaient pas dans la trentaine en 2011, comparativement à 20 % l’année précédente.

C’est toutefois chez les moins de 25 ans que la tendance est plus alarmante, alors que cette tranche d’âge représentait 18 % des nouveaux cas de sida, une progression de 10 points de pourcentage par rapport à 2010.

En entrevue à La Presse Canadienne, le président de l’établissement a dit craindre que cette tendance ne dresse un portrait de la situation du VIH/sida au Québec, puisque selon lui, 70 à 80 % des cas se trouvent à Montréal.

Alors que l’âge moyen des séropositifs était d’environ 38 ans au début des années 2000, le Dr Thomas estime qu’il est maintenant de 35 ans, notamment en raison de la diminution des pratiques sexuelles sécuritaires chez les plus jeunes.

«C’est la première fois qu’on constate une baisse aussi significative de l’âge moyen des séropositifs, souligne-t-il. Pour que la moyenne chute de trois ans, c’est parce qu’une tendance lourde se dégage.»

L’Acadien déplore ce changement de perception concernant les comportements sexuels, notamment parce que le VIH/sida représente une infection grave qui est possible de prévenir, comparativement au cancer.

«Pour les plus jeunes, le VIH, c’est une maladie de vieux, observe-t-il. Ils (les jeunes) n’ont pas été élevés alors que le dossier était médiatisé.»