Star Académie: un engouement difficile à reproduire dans d’autres domaines

DIEPPE – Des représentants d’organismes culturels et acadiens souhaiteraient que la mobilisation de la collectivité acadienne autour de Star Académie se transpose également à d’autres causes sociales et culturelles.

Sylvie Mousseau et Pierre Leyral
Acadie Nouvelle

«J’aimerais bien que la communauté acadienne ait le même engouement pour son propre développement; comme pour l’avenir de nos écoles, de notre système de santé en français et la justice économique et sociale des Acadiens», déclare le président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick, Jean-Marie Nadeau, lorsque questionné sur le phénomène Star Académie.

«Je trouve ça extraordinaire de voir les gens se mobiliser pour une cause, mais j’aimerais que ce soit aussi pour une cause sociale», exprime pour sa part la directrice générale du Réseau atlantique de diffusion des arts de la scène, Jacinthe Comeau, qui vit à Tracadie-Sheila.

L’artiste, concepteur et producteur Jac Gautreau, de Moncton, partage cette opinion.

«De voir les communautés se mobiliser autour de ça, c’est extraordinaire et inspirant. Le seul point négatif que moi j’y vois, c’est que Pierre Karl Péladeau (président-directeur général de Quebecor) a déjà assez d’argent, puis que, parfois, dans l’engouement de vouloir soutenir les nôtres, on oublie à la fin de la journée que Star Académie est une entreprise commerciale», ajoute-il.

Un défi
Mobiliser, avec autant d’ampleur, autour de véritables enjeux de société, n’est pas évident, reconnaît volontiers le politologue Roger J. Ouellette.

«C’est sûr, il faut parvenir à piquer l’intérêt de la population et ce n’est pas toujours facile sur des questions beaucoup plus abstraites et qui semblent éloignées des gens», explique-t-il.

«Si on prend l’exemple des fonds de pension, cela semble devoir intéresser de manière plus directe les personnes les plus âgées, mais comme je le rappelle à mes étudiants, ceux qui seront concernés ce sont eux. Mais comment mobiliser les jeunes sur ce qui se passe maintenant et qui aura des conséquences pour eux dans 25 ans?», s’interroge M. Ouellette.

Les répercussions du phénomène Star Académie dans la communauté acadienne a au moins le mérite de démontrer que la société acadienne est encore capable de se mobiliser.

«Par le passé, elle l’a déjà prouvé autour de la question des écoles, pour la création de l’université francophone ou encore pour faire entendre sa voix sur les radios communautaires», rappelle M. Ouellette

Mais la population pourrait-elle en faire de même demain? Pas si sûr.

«Actuellement, la population est davantage dans une phase de consolidation des acquis. C’est un peu le danger. Sans tomber dans la paranoïa, lorsqu’on est une minorité, il ne faut jamais baisser la garde. Tout ce qui est acquis peut rapidement disparaître.»

Et les sujets sur lesquels la société acadienne aurait certainement intérêt à se mobiliser ou au moins à rester vigilante ne manquent pas.

«Le dossier de la carte électorale et de sa révision pour les régions du Nord où il y a une perte démographique, la question de l’immigration et la difficulté qu’a le Nouveau-Brunswick à attirer des immigrants francophones», énumère le politologue.

«Quand les gens sont touchés de près par une question, ils peuvent se mobiliser, notamment quand ça les touche dans leur porte-monnaie.»

Professeur de sciences politiques à l’Université de Moncton, Roger J. Ouellette constate également que l’engouement autour de cette téléréalité s’étend jusqu’à la classe politique.

Certains élus locaux et provinciaux n’ont pas hésité à s’associer au mouvement Star Académie. Se faire filmer aux côtés des membres des comités de soutien aux candidats acadiens, le maire de Tracadie-Sheila, Aldéoda Losier, ou encore le premier ministre du Nouveau-Brunswick, David Alward, l’ont déjà fait.

Une attitude que le politologue Roger J. Ouellette ne condamne pas.

«Ils n’ont rien à perdre en s’associant avec des figures sympathiques et populaires dans l’opinion. Pour les communautés, c’est une source de fierté. Si les élus locaux peuvent s’y associer, ils seraient bien bêtes de ne pas le faire.»