EXCLUSIF – Une journée dans une salle d’opération

NDLR: Notre journaliste a obtenu la permission, jeudi, d’assister à une opération délicate qui s’est déroulée dans un bloc opératoire du Centre hospitalier universitaire Dr-Georges-L.-Dumont, à Moncton. L’intervention, réussie, a duré presque sept heures. Voici le compte-rendu d’une journée ordinaire, mais intense, dans un milieu singulier, où chaque seconde et chaque geste comptent.

MONCTON – Grey’s Anatomy, Dr House ou encore Trauma… L’univers des hôpitaux fascine autant les scénaristes de séries télévisées que le public. L’Acadie Nouvelle a vécu une journée au cœur du travail d’une équipe chirurgicale du Centre hospitalier universitaire Dr-Georges-L.-Dumont, lors d’une opération du dos. Et ce n’est pas du cinéma…

Il est 8 h 30, ce jeudi 1er mars, au bloc opératoire de l’hôpital Dr-Georges-L.-Dumont de Moncton. Ne vous fiez pas à la chanson du groupe anglais Muse qui passe dans la salle, car l’heure n’est pas à la rigolade. Une opération lourde de plus de six heures vient tout juste de débuter.

Sur la table du bloc opératoire, une dame de 74 ans est anesthésiée, allongée sur le ventre. Depuis une quinzaine d’années, elle marche très difficilement à l’aide d’une marchette, la faute à une importante scoliose dégénérative.

«Sa colonne lombaire est très courbée. Cela comprime les nerfs de la colonne et l’empêche donc de marcher normalement et lui crée des douleurs. Tout son corps est penché vers l’avant. Ses os sont très fragiles, mais on va essayer de réparer tout cela», explique le Dr Michel-Alexandre LeBreton, originaire de Caraquet, chirurgien du rachis (nerf rachidien), peu avant d’enfiler ses gants.

Une fois l’incision faite, le chirurgien va mener un véritable combat avec le dos de la patiente ou plutôt un jeu de bricolage pour corriger la scoliose, stabiliser la colonne et décomprimer les nerfs.

«C’est du mécano en fait, plaisante le chirurgien. C’est de la biomécanique. Tu dois restaurer l’anatomie normale de la patiente.» Pour cela, le Dr LeBreton va user de toute une palette d’outils (vis, tournevis, plaque, tige). Parfois, il ira même jusqu’à taper, comme l’on fait avec un marteau, pour avoir le résultat escompté… 

Autour de lui, toute une équipe s’active. Il y a un infirmier et deux infirmières, qui lui fournissent les instruments ou certains médicaments et deux techniciennes en radiologie qui sont là pour permettre au chirurgien de travailler avec précision.

«On utilise un fluoroscope qui nous permet d’acquérir en instantané des images de ce que l’on fait», indique le Dr LeBreton. Un outil indispensable quand une vis de 6,5 millimètres de diamètre mal placée «peut avoir de grandes conséquences sur tout le travail.»

Plus loin en arrière, un jeune homme, Jason McEwen ne perd pas une miette de ce qui se déroule dans la salle d’opération. Ce dernier, représentant de la firme américaine Medtronic, spécialisée dans les technologies médicales, est présent «pour faciliter le travail du corps infirmier».

Une présence d’autant plus importante que de tout nouveaux instruments dotés d’un alliage «plus performant» sont testés pour la première fois au Canada durant la chirurgie.

«Grâce à cette innovation, on a dû faire beaucoup moins d’effort. Si nous n’avions pas eu ces outils-là, on aurait pu avoir des complications en terme de stabilité. On a certainement gagné du temps aussi», argumente le Dr LeBreton.

«Je pensais qu’on allait mettre 8 heures.» Il en aura finalement fallu deux de moins.