Pêche: «les fonctionnaires sont loin de la réalité»

MONCTON – Le plus récent document que le ministère des Pêches et des Océans a remis à l’Union des Pêcheurs des Maritimes continue de faire des vagues et des mécontents.

Le document de 25 pages distribué le 15 janvier a retenu toute l’attention lors du 36e congrès annuel de cet organisme, qui s’est déroulé dimanche et lundi, à Moncton.

La politique du propriétaire-opérateur et de la séparation de la flottille n’apparaît plus, ce qui inquiète grandement les pêcheurs.

«Cela est vraiment tombé du ciel. Nous n’avons eu droit à aucune consultation d’Ottawa. Les fonctionnaires sont loin de la réalité», a dit le directeur général de l’Union des Pêcheurs des Maritimes (UPM), Christian Brun.

Si cette politique est abolie, le scénario pourrait être désastreux pour les petites localités côtières. En ce moment, le propriétaire d’un permis doit opérer son bateau, ce qui empêche les grosses entreprises d’avoir un accès direct à la ressource.

«Les usines ne devraient pas avoir le droit de détenir un permis. C’est grâce à Roméo LeBlanc, le père de (l’actuel député fédéral libéral) Dominic, que cette politique a vu le jour dans les années 1970. Autrefois, les bateaux industriels venaient pêcher le hareng et la morue dans les petites localités. Cette politique aide à maintenir la ressource, et les gens qui vivent près des côtes en profitent», a expliqué Christian Brun.

Le vice-président de l’UPM, Réjean Comeau, est très déçu que le ministre des Pêches et des Océans, Keith Ashfield, ne se soit pas pointé le bout du nez à Moncton.

«Tous les pêcheurs sont très nerveux, a assuré le vice-président. Si cette politique est enlevée, cela ouvre la porte aux compagnies, qui pourraient être propriétaires de permis. C’est le scénario qui fait le plus peur. Ça changerait la dynamique et toute l’économie des communautés côtières.»

Souvent critiquées pour leur manque de transparence, les usines pourraient alors acheter des permis.

«Les grosses comme les petites sont intéressées», a assuré Christian Brun.

Cette possibilité inquiète les homardiers.

«Ils décident déjà les prix que nous recevons pour nos prises. Imaginez le contrôle qu’ils auraient s’ils possédaient 30 à 40 % des permis», a soulevé Réjean Comeau.
Le pêcheur expérimenté de Val-Comeau cite l’exemple de l’industrie forestière, qui s’est effondrée il y a déjà quelques années.

«UPM-Kymnene, une compagnie finlandaise, a acheté l’usine de Miramichi. Ils l’ont ensuite détruite, mais ils ont gardé les droits de coupes de bois. La ressource quitte la province. La pêche est l’un des derniers secteurs où ce sont des entreprises locales qui bénéficient de nos ressources. Nous n’allons pas dépenser notre argent à New York! Si la politique tombe, c’est la fin des pêcheurs côtiers. Nous sommes très inquiets», a souligné Réjean Comeau.

Les dirigeants de l’UPM aimeraient bien rencontrer le ministre Ashfield.

«Les pêcheurs pourraient perdre leur indépendance et c’est un énorme risque que le ministre prend à la légère», a conclu M. Brun.