Les environnementalistes de la baie des Chaleurs en mode vigilance

POINTE-À-LA-CROIX – L’accroissement probable des activités pétrolières et gazières dans la baie des Chaleurs – tant au Québec qu’au Nouveau-Brunswick – inquiète les groupes environnementaux et certains organismes sociaux.

Sans vouloir être alarmistes, ils croient néanmoins plus prudent de hausser d’un cran le niveau de vigilance face aux futurs promoteurs, d’où la création de Vigilance BDC.

Il n’y a pas si longtemps, une levée de boucliers s’est produite en Gaspésie et au Restigouche après qu’une entreprise a manifesté son intention de faire des travaux exploratoires afin de déterminer le potentiel en uranium de certains secteurs près de Pointe-à-la-Croix. L’opposition au projet fut telle qu’elle a eu raison de ce dernier.

Fervent opposant et membre de l’organisme Environnement vert plus, Michel Goudreau a applaudi cette victoire, mais il rappelle aujourd’hui que la lutte pour le respect de l’environnement dans la baie des Chaleurs n’est pas gagnée pour autant.

«Nous n’avons pas encore obtenu notre moratoire sur l’exploration et l’exploitation de l’uranium. Et il y a de plus en plus d’intérêt pour le sous-sol de la baie des Chaleurs (Gaspésie et Nouveau-Brunswick confondus), notamment pour l’exploration du pétrole et du gaz de schiste», explique-t-il.

Pour prouver son point, il exhibe une carte démontrant qu’une compagnie (Pétrolia) possède les claims pour le forage dans pratiquement tout le Restigouche-Centre et le Restigouche-Est. «C’est certain qu’à un moment donné, ils vont creuser pour voir ce qu’il y a au juste dans le sous-sol. Et si le potentiel gazier est intéressant, ils vont sûrement vouloir l’exploiter», souligne M. Goudreau.

En début de semaine, différents organismes environnementaux et groupes sociaux se sont rencontrés afin de mettre sur pieds un regroupement destiné à tenir à l’œil les compagnies voulant forer dans le secteur de la baie des Chaleurs.

«Nous avons contacté la trentaine d’organismes qui ont fait partie de la Coalition Stop Uranium BDC ainsi que les particuliers (environ 200 personnes), et tout le monde a semblé d’accord pour poursuivre la bataille à d’autres niveaux, notamment les forages», explique M. Goudreau.

La principale crainte de Vigilance BDC: la pratique de la fragmentation hydraulique. «On sait que le sous-sol de la région a un potentiel au niveau pétrolier et gazier, mais on sait aussi que certaines entreprises ont démontré leur intérêt pour faire des forages dits non traditionnels, ce qui pourrait impliquer la fracturation hydraulique, une pratique très néfaste qui met en péril les nappes d’eau souterraine. Ainsi, ça pourrait ne pas être tellement long avant de voir apparaître cette pratique chez nous, et c’est pourquoi il faut être très vigilants. Notre objectif ultime, c’est qu’il n’y ait aucune fracturation sur le territoire comme il s’en fait malheureusement ailleurs. On ne doit pas permettre cela ici», exprime-t-il.

Selon lui, c’est à la population de s’approprier le dossier et de lancer un message clair à la gent politique. «Ce n’est certainement pas les gouvernements en place qui vont empêcher cette pratique. Que ce soit Charest à Québec, Alward à Fredericton ou Harper à Ottawa, ils sont tous en faveur de l’exploitation des gaz de schiste. Il ne faut pas trop compter sur eux pour défendre l’environnement. C’est à la population de voir elle-même à ses affaires», croit-il.

Il en appelle d’ailleurs aux municipalités à adopter des règlements similaires à celui de la ville d’Amqui qui, récemment, a interdit la fracturation hydraulique sur son territoire. «Je crois que les municipalités devraient prendre position. Légalement, elles ne peuvent pas arrêter ce genre de développement, mais si un projet se politise, ça devient beaucoup plus délicat pour les gouvernements et ça, ils n’aiment pas», soulève l’environnementaliste.