Beaucoup de crabe, mais des prix moins élevés

CARAQUET – Les premiers crabes des neiges ont été débarqués lundi matin sur le quai de Caraquet. La saison 2012 s’annonce bien pour les pêcheurs de la Péninsule, même si beaucoup attendent un peu que les prix s’ajustent avant de crier victoire.

«Jusqu’à maintenant, les prix sont de 2,15 $ la livre, ça pourrait être un peu mieux», reconnaissait Mario Vienneau, le capitaine du Marie-Berthe. Lundi, en début d’après-midi, il s’apprêtait à décharger sa première cargaison de crabe des neiges.

Les débuts semblent prometteurs.

«On a laissé les caisses pendant une nuit et on est revenus dans la nuit de dimanche à lundi avec quelque chose comme 25 000 ou 30 000 livres. Les prises étaient vraiment bonnes. C’est bien pour un premier voyage.»

D’autres pêcheurs se sont contentés de poser les casiers samedi et de rentrer à quai en attendant que le jeu de l’offre et de la demande, entre les pêcheurs et les usines, permette de fixer un prix intéressant pour tous les acteurs de cette activité économique vitale pour la Péninsule.

«À 2,15 $ la livre, ce n’est pas trop intéressant de sortir, il y a beaucoup de frais», remarque un autre capitaine qui préfère garder l’anonymat.

Il est bien conscient qu’il sera difficile de retrouver les niveaux de prix de l’an passé, mais il espère tout de même obtenir une juste rémunération.
«Un bon prix pour commencer ça serait autour de 2,50 $ la livre.»

En 2011, le prix payé aux pêcheurs avait atteint les 3,25 à 3,50 $ la livre. Le crabe des neiges était aussi plus rare. Le plan de pêche du ministère des Pêches et des Océans avait alors octroyé un quota de 10 677 tonnes pour le sud du golfe du Saint-Laurent, contre 22 000 tonnes cette année.

Le prix payé en 2011, le consultant et spécialiste des questions de pêche Gilles Thériault considère toujours qu’il était un peu trop haut.

«Les prix ne sont pas toujours fixés en fonction de la situation du marché. L’an dernier, j’avais argumenté que les prix étaient peut-être trop élevés et qu’ils risquaient de provoquer une chute des prix cette année. D’après une analyse des conditions de marché, le prix aurait dû être autour de 2,75 à 3 $, mais les prix ont été fixés plus haut, je pense, en raison de la rareté du produit.»

«La situation est totalement différente cette année et on peut s’attendre à une baisse des prix, tout le monde en est conscient.»

Quant à savoir si ces premiers jours de pêche annoncent une saison 2012 lucrative, les pêcheurs restent prudents à l’exemple de Mario Vienneau.

«C’est encore dur à dire. On commence juste à pêcher. On verra bien dans deux ou trois semaines.»

Joël Gionet, le président de l’Association des crabiers acadiens (ACA) affiche lui aussi une réserve prudente. Présent sur les quais de Caraquet lundi après avoir déchargé sa première pêche, il se refuse à évoquer la valeur marchande.

Il faut dire aussi que le sujet est particulièrement sensible. Cette semaine, pêcheurs et acheteurs des usines de transformation se livrent à la traditionnelle ronde de négociations. Chacun espérant obtenir de l’autre le meilleur prix.