Des unilingues anglophones veulent siéger au Réseau de santé Vitalité

CAMPBELLTON – Des conseillers unilingues anglophones ou possédant une connaissance limitée du français peuvent-ils siéger au conseil d’administration du Réseau de santé Vitalité?

La présence de candidats ne maîtrisant pas – ou très peu – le français sur la liste électorale du conseil d’administration du Réseau de santé Vitalité en fait sourciller quelques-uns. Ils se demandent comment ceux-ci parviendront à accomplir adéquatement leurs tâches et à bien desservir leur population alors que la langue de travail officielle du réseau est le français.

Charles Stewart est l’un des candidats souvent cités. Agent immobilier unilingue anglophone demeurant à New Mills (près de Charlo), il se présente comme conseiller pour la sous-région 6 (Restigouche-Est). Il ne parle pas le français, mais affirme le comprendre.

«J’ai vécu dans cette région toute ma vie. Les soins de santé offerts dans notre région sont extrêmement importants à mes yeux et à ceux des citoyens. J’ai dû y avoir recours au cours des dernières années et je peux dire qu’ils sont de grandes qualités. On doit être à la table pour les défendre et pour s’assurer de ne perdre aucun service», explique le candidat.

Selon lui, la langue de travail du conseil d’administration ne devrait pas lui poser problème si jamais il est élu.

«Je ne crois pas que ce soit bien grave. À mon avis, lorsque tu travailles fort et que tu le fais pour les bonnes raisons, c’est tout ce qui importe. Si je suis élu, je trouverai une façon de bien gérer la situation», indique-t-il.

Au sein du Réseau de santé Vitalité, les règles sont claires: la langue de fonctionnement du conseil d’administration est le français. Aucune disposition n’empêche des candidats unilingues anglophones de se présenter aux élections, et donc, éventuellement, de siéger comme conseiller.

Sur le site d’Élections NB, on ne fait aucune référence à la langue de travail des deux réseaux de santé. La maîtrise du français n’est donc pas un préalable pour postuler à titre de conseiller au conseil d’administration du Réseau de santé Vitalité. Et l’inverse (maîtrise de l’anglais) est également vrai pour le Réseau de santé Horizon.

«On ne demande pas le niveau de langue aux candidats», confirme Paul Harpelle, porte-parole d’Élections NB.

«Les candidats doivent avoir 18 ans, être citoyens canadiens, et avoir résidé pendant au moins six mois dans la province et dans la sous-région dans laquelle ils se présentent. La langue ne fait pas partie des critères du formulaire d’enregistrement des candidats. C’est la même chose que pour les élections municipales. Rien n’empêche, par exemple, un anglophone de se présenter au conseil municipal de Caraquet», expose-t-il.

L’avocat Michel Doucet, bien connu pour son implication dans les causes d’ordre linguistique, confirme qu’il existe bel et bien une certaine zone grise dans cette situation.

«Il y a certainement une ambigüité dans la Loi sur les régies régionales de la santé du Nouveau-Brunswick. Il est vrai que la langue de travail du Réseau de santé Vitalité est le français, mais le problème est que la Loi sur les langues officielles a préséance. Elle spécifie notamment que les individus ont droit de recevoir auprès des institutions des services ou d’utiliser la langue officielle de leur choix. Si un unilingue anglophone est élu au Réseau de santé Vitalité, iI y a donc un conflit entre ce qui est prévu au réseau (utilisation du français) et ce qui est prévu dans la Loi sur les langues officielles», explique l’avocat.

Selon lui, une dérogation à la Loi sur les langues officielles – similaire à ce qui se fait dans le secteur de l’éducation – pourrait régler cette situation.

«Un unilingue anglophone élu à un conseil d’éducation scolaire francophone ne peut pas, par exemple, exiger l’utilisation de l’anglais. Pour les réseaux de santé, c’est moins clair. Le gouvernement n’a pas mis les régies de la santé à l’abri de la Loi sur les langues officielles comme il l’a fait pour le réseau scolaire», précise M. Doucet.

Selon lui, si cette situation n’est pas traitée, elle pourrait bien faire en sorte que le Réseau de santé Vitalité pourrait un jour avoir un conseil à très grande proportion anglophone.

«Il ne faut pas oublier que le territoire couvert comprend les régions Restigouche, Chaleur et Sud-Est, trois régions très bilingues», précise-t-il.