Le mystère s’épaissit autour du «candidat-journaliste» Robichaud

CARAQUET – Le candidat à la mairie de Caraquet et prétendument journaliste, Bernard Robichaud, a affirmé vendre des informations par le biais de son entreprise, l’Agence de presse Atlantique. Or, tous les médias contactés par le journal jeudi sont unanimes: ils n’ont jamais payé pour ses services.

Dans nos pages jeudi, Bernard Robichaud nous a affirmé à quelques reprises qu’il vendait ou échangeait de l’information aux médias en sa qualité de journaliste et de propriétaire de l’Agence de presse Atlantique, un organisme inconnu du milieu journalistique acadien et dont on ne retrouve aucune trace sur le web.

«Il y a beaucoup d’événements qui ne sont pas couverts, alors que moi je suis là. J’appelle alors mes contacts, je leur vends l’information, puis on s’organise pour les finances plus tard», nous a-t-il confié. Puis, il précise: «Je vends de l’information, mais je n’ai pas le temps d’écrire, parce que je suis aussi conseiller corporatif.»

Nous avons demandé à divers médias s’ils ont déjà déboursé pour de l’information reçue de Bernard Robichaud ou si celui-ci avait déjà tenté de leur en vendre. Tous nous ont répondu non, sans équivoque.

Le directeur de la salle de rédaction de l’Acadie Nouvelle, Gaétan Chiasson, assure que jamais le quotidien des francophones du Nouveau-Brunswick ne paiera pour obtenir de l’information d’un particulier.

«Nous n’avons jamais payé une source pour obtenir de l’information. Et même si quelqu’un s’était présenté au journal pour nous demander une rémunération en échange d’informations, jamais nous n’aurions accepté», témoigne-t-il sur un ton qui ne laisse place à aucune ambiguïté.

«Nous n’avons jamais payé pour de l’information! Nous n’avons même jamais utilisé d’information provenant de M. Robichaud comme élément de base pour une nouvelle», déclare pour sa part Réal Fradette, journaliste à L’Étoile-Péninsule acadienne.

Même son de cloche du côté de Radio-Canada.

«Absolument pas. Nous n’achetons jamais d’information de qui que ce soit et nous ne payons jamais nos sources pour les inciter à nous en fournir. Ce sont deux principes de base inscrits dans le code d’éthique de la société d’État», appuie Philippe Ricard, chef des nouvelles à Radio-Canada Acadie.

La radio CKRO et la télévision CHAU-TV nous ont également confirmé n’avoir jamais déboursé pour obtenir de l’information de la part de Bernard Robichaud ou de tout autre source.

Le Guide de déontologie des journalistes de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec – un organisme regroupant quelque 2100 journalistes et 250 organes de presse de la province – énonce le principe voulant que «les journalistes et les entreprises de presse ne versent aucune rémunération aux personnes qui acceptent d’être leurs sources d’information». Ce qui signifie également qu’une source ne peut être rémunérée pour le partage d’informations.

Le même guide de déontologie indique par ailleurs que «le matériel journalistique publié ou non (notes, photos, bandes vidéo, etc.) n’est destiné qu’à l’information du public. Il ne saurait être transmis par les journalistes aux instances qui veulent l’utiliser à d’autres fins.»

Florian Sauvageau, professeur émérite en communications et directeur du Centre d’études sur les médias de l’Université Laval de Québec, voit d’un mauvais oeil les prétentions de Bernard Robichaud. Après lui avoir acheminé notre demande d’entrevue, M. Sauvageau a accepté de s’informer sur le sujet en scrutant ce qui avait été publié dans les médias à ce sujet. Bien qu’il refuse de juger de manière trop poussée le candidat et la situation qu’il avoue ne pas connaître en profondeur, l’expert estime néanmoins qu’il y a quelque chose de louche.

«S’il possède une agence de presse comme il le prétend, ce serait normal qu’il vende de l’information, puisque des agences comme La Presse Canadienne le font en vertu de paramètres précis. Par contre, s’il ne livre pas d’information écrite et destinée à l’ensemble des médias, ça pose problème. Et si rien de tout cela n’est vrai, ou s’il possède une agence que personne ne connaît, il y a lieu là encore de se poser des questions sur le plan éthique. Au premier abord, cela m’apparaît bizarre», souligne M. Sauvageau, réitérant au passage le principe selon lequel une source particulière ne peut vendre de l’information à un média.