L’humain n’a pas vraiment à craindre le «retour» du loup

SHIPPAGAN – Le possible retour du loup dans le nord du Nouveau-Brunswick n’est peut-être pas pour demain, et probablement pas aussi dangereux que certains pourraient le croire.

Depuis qu’il a été confirmé que le canidé format géant abattu par le chasseur Jacques Mallet dans la région de Caraquet en avril est bel et bien un loup, l’idée de faire des promenades en forêt a pris une nouvelle signification pour certains.

Sur le coup, plusieurs personnes ont dit avoir été effrayées à l’idée de possiblement rencontrer une de ces puissantes créatures carnivores au milieu d’une agréable promenade. C’est le cas de quelques-unes rencontrées la semaine dernière à Shippagan.

«Ça change les affaires»

France Haché, de Bertrand, aime marcher en forêt puisqu’un sentier pédestre passe justement derrière sa maison. Sans être foncièrement inquiète, elle dit maintenant anticiper les choses autrement.

«Je me dis qu’il ne doit pas y en avoir beaucoup, mais quand même, ça change les affaires de savoir qu’il y a peut-être des loups», de commenter Mme Haché.

D’autres, comme Cindy Ross, ont une opinion plus mitigée sur la question. La jeune femme de Tracadie-Sheila est d’avis que la présence d’animaux potentiellement dangereux en forêt est une éventualité à laquelle il faut s’attendre.

«Ça ne m’empêchera pas d’aller dans le bois. Il faut s’attendre à ça», de commenter Mme Ross.

Pour Abigail Dedam, c’est une bonne nouvelle que le loup retourne dans nos forêts. La jeune autochtone âgée de 14 ans estime qu’il faudrait maintenant préserver cette espèce, qui est peut-être de retour au Nouveau-Brunswick après avoir disparu depuis quelque 150 années.

«Il n’y en avait plus, et maintenant, on en tue un. Peut-être qu’il y en a encore d’autres dans la forêt et qu’on ne le sait pas. Il faudrait les garder pour qu’ils ne disparaissent pas de nouveau. Je n’ai pas peur. Les loups, ce sont des animaux comme les autres, et s’ils disparaissent de nouveau, je ne pense pas qu’ils vont revenir de sitôt», a partagé l’écolière de Lagacéville.

Pas lieu d’avoir peur

Donald McAlpine, du Musée du Nouveau-Brunswick, pense également qu’il n’y a pas lieu d’avoir peur. D’une part parce que la présence de ce spécimen ne veut pas dire qu’il y en a d’autres (autre texte) et, d’autre part, parce que le loup est un animal des plus craintifs, qui évite l’homme encore plus que d’autres, comme le coyote qui a davantage tendance à s’adapter à l’environnement humain, ce qui peut causer des problèmes.

«Je ne crois pas qu’il faut avoir peur. Il y a beaucoup de forêts ici, et il y a de la place pour les humains, la flore et les animaux sauvages. Il y a des ours, des chats sauvages, des coyotes, et quiconque passe du temps en forêt est chanceux de croiser seulement un de ces animaux. La plupart sont très peureux et se tiennent loin des humains, et particulièrement le loup», de signaler le directeur des sciences naturelles au Musée du Nouveau-Brunswick

Rétablissement de l’espèce?

Si le loup est de retour au Nouveau-Brunswick, ce n’est pas pour demain qu’il reprendra ses droits sur le territoire.

Selon Donald McAlpine, la présence d’un loup dans le nord-est du Nouveau-Brunswick n’est pas nécessairement signe du rétablissement de l’espèce dans la province. Du moins pas à court terme.

Le scientifique explique que quand une population animale prend de l’expansion, le plus jeune spécimen d’un groupe peut partir seul pour explorer d’autres territoires. Si le territoire est propice, on peut assister graduellement à un établissement.

C’est possiblement ce qui est arrivé avec le loup qui a été abattu dans la région de Caraquet au cours de la fin de semaine du 7 avril. M. McAlpine croit en effet qu’il s’agit d’un jeune mâle qui aurait pu arriver dans le nord-est de la province en provenance de la côte nord du Québec, en traversant le golfe du Saint-Laurent sur un bloc de glace.

Des décennies

Si le loup pouvait revenir s’établir au Nouveau-Brunswick, cela pourrait prendre plusieurs décennies, d’autant plus qu’il existe maintenant de nombreuses barrières à la circulation de ce canidé, qui fuit les autoroutes et les habitats humains.

M. McAlpine fait un parallèle avec l’arrivée du coyote au Nouveau-Brunswick, qui s’est fait sur une trentaine d’années, entre les années 1940 et 1970, soit des premières apparitions à l’établissement permanent.

Un loup en captivité?

Dans l’éventualité d’un retour, de prochaines incursions pourraient survenir d’ici deux à cinq ans, estime Donald McAlpine, si bien sûr il s’agit d’un réel loup sauvage et non d’un loup qui a été gardé en captivité.

Il peut arriver que certaines personnes gardent illégalement des loups en captivité, des loups qui s’enfuient ou qui sont relâchés dans la nature, affirme le directeur McAlpine.

C’est vers septembre que le Musée du Nouveau-Brunswick aura la réponse, en déterminant le régime de l’animal abattu, avec l’analyse des signatures isotopiques du collagène de ses os.

S’il s’agit bien d’un loup à l’état sauvage, c’est une bonne nouvelle, ajoute le scientifique. À son avis, le retour d’une espèce disparue serait signe d’une bonne biodiversité dans la région, alors qu’ailleurs elle est menacée. C’est donc indicateur que les populations de loups du Québec et de l’Ontario sont en santé et qu’elles prennent de l’expansion, mentionne-t-il.

Biodiversité

M. McAlpine croit que le nord de la province est privilégié d’avoir autant de terres forestières qui peuvent potentiellement soutenir l’établissement et servir d’habitat au loup, qui ferait un retour, contrairement à d’autres régions du monde, fait-il remarquer.

«La biodiversité est menacée partout. C’est un bon signe quand une espèce peut réoccuper un territoire. Il y a plusieurs endroits qui abritaient des loups, comme en Europe et dans l’est des États-Unis, où le loup ne pourrait retourner, car l’habitat a été détruit», mentionne-t-il.

Selon Donald McAlpine, le loup a un régime essentiellement carnivore. Il se nourrit principalement de chevreuils et d’orignaux, lorsqu’il peut chasser en meute. Contrairement au coyote, il n’approche pas les habitations humaines et ne se laisse pas approcher par l’homme, comme le fait parfois le coyote.