Limites électorales: des changements majeurs attendus dans les circonscriptions

FREDERICTON – La commission chargée du redécoupage des circonscriptions électorales fédérales du Nouveau-Brunswick devrait être en mesure, d’ici la mi-juin, de présenter ses propositions préliminaires. Celles-ci serviront de base de discussion pour les audiences publiques qu’elle tiendra à l’automne.

Cette année, la commission est aux prises avec des défis de taille (sans jeu de mots) en raison, notamment, du déplacement de la population du Nord vers le Sud et des régions rurales vers les régions urbaines.

Selon les données du recensement de 2011, la refonte de la carte électorale fédérale du Nouveau-Brunswick est un exercice digne d’un contorsionniste expérimenté.

La commission, présidée par le juge Alexandre Deschênes, se trouve devant des problèmes très compliqués, mais qu’elle a l’obligation de tenter de résoudre.

«En réalité, la loi ne nous permet pas de laisser les circonscriptions telles qu’elles sont actuellement, à moins que la Commission y voie des circonstances extraordinaires», souligne le juge Deschênes.

Ainsi, le travail de la commission est une tâche hybride entre la démographie et l’arpentage.

En divisant le nombre d’habitants par le nombre de circonscriptions de la province, on obtient un nombre d’un peu plus de 75 000 personnes par circonscription. C’est ce que l’on appelle le quotient électoral.

Dans un univers idéal, chaque circonscription aurait une population qui s’approcherait de ce nombre. Cela permettrait à chaque habitant d’avoir une représentation équivalente à la Chambre des communes.

Dans la vraie vie, c’est tout autre chose (voir notre tableau).

Un des pires casse-tête se trouve dans le Nord-Est avec les circonscriptions de Miramichi et d’Acadie-Bathurst.

Si cette dernière semble dessinée de façon idéale pour se conformer au quotient électoral de la province, l’autre a vu sa population fondre comme une boule de crème glacée au soleil.

«Il y a eu un déclin dans la population d’Acadie-Bathurst. Ce (le surplus de population dans Acadie-Bathurst) qui avait poussé la dernière commission à vouloir trancher dans une partie de la population acadienne pour l’annexer à Miramichi n’existe plus», explique le juge Deschênes.

Mais le problème demeure entier, car la circonscription de Miramichi dans son état actuel a une population bien inférieure à ce que la loi permet.

«Qu’est-ce qu’on fait avec la circonscription de Miramichi? Où est-ce qu’on prend la population pour augmenter celle de Miramichi qui accuse un déficit qui est au-delà de ce que la loi permet?», questionne le juge.

Le député fédéral d’Acadie-Bathurst, le néo-démocrate Yvon Godin, ne veut pas entendre parler d’un changement à ses frontières.

Il a d’ailleurs adressé une lettre à ce sujet à la commission, pour lui rappeler qu’en 2003, la Cour fédérale avait obligé le gouvernement fédéral à mettre sur pied une seconde commission qui avait rapatrié des citoyens acadiens qui se seraient retrouvés dans une circonscription qui ne correspondait pas à leur communauté d’intérêts.

Il y a d’autres endroits de la province où les commissaires se demandent comment ils arriveront à maintenir l’équilibre entre le quotient électoral, d’une part, et les intérêts socioéconomiques d’autre part.

On n’a qu’à jeter un coup d’œil à la circonscription de Moncton-Riverview-Dieppe pour le comprendre.

Avec une population de près de 100 000 âmes, elle dépasse maintenant de façon extravagante la limite permise.

Mais elle se trouve juste à côté de celle de Beauséjour, où on affiche déjà «complet».

Le juge Deschênes dit que la commission qu’il préside, afin de tenir compte du plus grand nombre de commentaires possible, a fait appel à la contribution des citoyens avant la tenue de ses audiences qui débuteront le 10 septembre.

Même si l’invitation prenait fin le 11 mai, Alexandre Deschênes invite tous ceux et celles qui le désirent à continuer de lui envoyer des suggestions. Il n’en refusera aucune.