Vieillissement de la population: un effet néfaste sur l’économie

BATHURST – Le vieillissement de la population n’est pas de bon augure pour l’économie, observe Donald Savoie, titulaire de la Chaire du Canada en administration publique et gouvernance à l’Université de Moncton.

Avec une population qui vieillit et un faible taux de fécondité, le Nouveau-Brunswick, et en particulier ses régions rurales, se retrouve devant de grands défis en matière de croissance économique.

«Le vieillissement de la population n’est pas un bon signe pour l’économie. En fait, ça a un effet néfaste pour l’économie locale, régionale et provinciale. Une population à la retraite est évidemment moins productive. Les coûts pour le secteur public vont augmenter, car le gouvernement va être obligé de dépenser plus pour les soins de santé», affirme le professeur.

Habituellement, les coûts liés aux soins de santé augmentent avec l’âge. En 1998, les dépenses de santé par habitant au Canada étaient cinq fois plus élevées pour les personnes de 65 ans et plus (6374 $) que pour les adultes de 20 à 64 ans (1282 $). Onze ans plus tard, en 2009, les dépenses étaient 4,5 fois plus élevées, soit 11 196 $ contre 2494 $.

«Les jeunes s’en vont dans d’autres provinces pour les emplois. Ceux qui ont travaillé à l’extérieur et sont maintenant à la retraite redéménagent au Nouveau-Brunswick parce que le prix des maisons est beaucoup moins cher. Ça coûte moins cher à ces individus, mais plus au secteur public.»

«Et à l’intérieur même de la province, le vieillissement de la population est beaucoup plus accentué dans les milieux ruraux que dans les milieux urbains, car les jeunes déménagent à Moncton, Dieppe, Fredericton», avance Donald Sa­voie.

Des problèmes à l’horizon
Pour Donald Savoie, il y a urgence à redresser les finances publiques puisque le phénomène va en s’accentuant.

«C’est une mise en garde à l’endroit du gouvernement de mettre de l’ordre au plus vite dans la situation fiscale de la province. Parce que si on continue avec une dette exorbitante et une population qui vieillit, des problèmes sérieux pointeront à l’horizon. Le secteur privé n’aura pas les ressources humaines pour se développer et augmenter sa productivité. Les revenus seront alors à la baisse», dit-il.

On estime que le nombre d’aînés dans la province devrait doubler au cours des 20 prochaines années.

Une économie grise
Dans la région Chaleur, les centres d’hébergement privés pour aînés se sont multipliés à une vitesse fulgurante au cours des dernières années. Dans la Péninsule acadienne aussi (voir texte en page 4). D’autres projets sont sur le point de se concrétiser, comme celui de la conversion de l’ancien hôtel Château Bathurst en 60 appartements luxueux pour les 50 ans et plus.

«Les travaux ont à peine commencé qu’il y a déjà une liste de 55 noms. Les personnes âgées cherchent des appartements parce qu’elles ne veulent pas avoir de maison à entretenir. La dynamique avec une population plus vieille devient différente et ça peut avoir un effet sur l’économie, car il y a moins de maisons qui se construisent dans ce cas», explique André Doucet, le directeur de la Ville de Bathurst

«Si la tendance se poursuit, nous devrons nous adapter. Les personnes âgées ont besoin de sentiers pour une marche tranquille, d’appartements, de commerces comme des pharmacies.»

Jean-Guy Arseneau, qui possède plusieurs appartements dans la région Chaleur, a une clientèle plutôt âgée et il construit ses logements en fonction d’elle.

«Environ 90 % de ma clientèle est du monde à la retraite. Mais nous allons avoir un problème parce que les personnes qui voudront vendre leurs maisons pour aller en appartements ne vont pas trouver d’acheteurs, car les jeunes ne restent pas dans la région et la mine va fermer, donc elle ne va plus attirer de jeunes travailleurs. Il n’y a plus de relève», dit l’entrepreneur de Petit-Rocher.