Les phoques s’en prennent maintenant aux homards

BAIE-DE-BOUCTOUCHE – Un pêcheur n’en revient toujours pas de ce qu’il a vu dans le détroit de Northumberland.

Naviguant sur son bateau, Mauril Bastarache, un pêcheur de pétoncles originaire de Baie-de-Bouctouche, a aperçu un phoque gris en train de dévorer un gros homard, une scène surprenante à ses yeux.

«Parfois, pendant la pêche au homard, nous voyons un phoque qui va chercher un petit homard que nous remettons à la mer. Je ne peux toutefois pas croire que ce phoque a été chercher un gros homard à 80 pieds de profondeur. Il est ressorti à une quinzaine de pieds de mon bateau. Je voyais encore les grosses pattes bouger. Il tenait le homard entre la queue et le corps. J’aurais aimé avoir une caméra», a raconté le jeune homme.

Le phoque gris, dont le mâle peut peser de 170 à 400 kilogrammes, n’est pas une espèce très populaire auprès des pêcheurs. Il y a plus de 350 000 bêtes dans l’est du Canada et elles sont souvent montrées du doigt dans le lent rétablissement des stocks de poissons.

«C’est le phoque gris qui a détruit la morue et maintenant il s’en prend au homard. Il y a tellement de phoques qu’il y a un manque de nourriture dans la mer. La population de phoques gris devrait être détruite», a lancé le pêcheur acadien.

Mike Hamill, un biologiste spécialiste du phoque gris, signale que le homard ne fait normalement pas partie du menu de cette espèce, tout comme le crabe des neiges et les mollusques.

«Tout est possible, mais lorsque nous prenons nos échantillons, nous ne trouvons pas beaucoup de homard dans l’estomac ou les excréments des phoques gris. Ce n’est pas une proie importante pour le phoque gris. Il préfère le poisson», a-t-il expliqué, tout en indiquant que le phoque gris peut voler les appâts placés dans les casiers de homard.

Le biologiste oeuvrant à l’Institut Maurice-Lamontagne, à Mont-Joli, au Québec, confirme cependant que ces mammifères sont moins imposants depuis un certain temps.

«Ces animaux sont un peu plus petits qu’il y a 10 ou 20 ans. Ils ont peut-être des problèmes à chercher de la nourriture, mais la population continue de croître, donc ils en trouvent. La population n’a pas atteint sa limite environnementale», a-t-il indiqué.

Pendant ce temps, les pêcheurs fulminent.

«Il faut que le gouvernement du Canada se réveille», a dit Mauril Bastarache.

L’ancien hockeyeur n’en revient pas que des célébrités défendent les intérêts des phoques, elles qui ne connaissent pas la réalité des régions côtières.

«Mille phoques dans la mer, c’est comparable à 10 000 rats et souris dans la maison de Brigitte Bardot», a-t-il imagé.

En 2012, le total autorisé de captures de phoques gris était d’environ 60 000 bêtes pour le Canada atlantique. Habituellement, la chasse commerciale aux jeunes phoques gris se déroule du début février au début mars, surtout le long de la côte Est de la Nouvelle-Écosse et dans le sud du golfe du Saint-Laurent.

Il a été impossible de savoir combien de phoques gris ont été abattus cette saison.