L’Ovatek, une invention acadienne qui sauve des vies

BAS CARAQUET – Si cinq pêcheurs du comté de Kent ont eu la vie sauve il y a quelques jours, c’est en partie grâce à une invention acadienne.

Dans notre édition du 27 juin, le journaliste Mathieu Roy-Comeau raconte l’histoire de l’équipage du bateau Mathieu Manon qui a sauvé la vie de cinq pêcheurs retrouvés dans une capsule Ovatek (radeau de sauvetage ressemblant à un oeuf) au large de Pigeon Hill, dans la Péninsule acadienne.

Ces pêcheurs s’ajoutent à une longue liste de gens qui ont échappé à la noyade grâce à l’Ovatek. Bien qu’on ne sache pas exactement combien de personnes ont survécu à un naufrage grâce à la capsule, les responsables de l’entreprise qui les fabrique sont au courant d’au moins 38 cas.

Inventé par Vincent Thériault, originaire d’Anse-Bleue, dans la Péninsule acadienne, l’Ovatek est un radeau de sauvetage fabriqué en fibre de verre. L’un des principaux avantages est le fait que l’équipage d’un bateau en train de couler peut y accéder facilement.

«Habituellement, lorsque tu utilises un radeau de sauvetage, c’est que le bateau coule déjà. À ce moment, c’est la grosse panique. Le monde lance le radeau à l’eau, il se gonfle, après ça il faut sauter dedans dans une mer agitée. L’Ovatek fonctionne de la même façon, tu peux le mettre à l’eau et embarquer dedans à partir de l’eau. Mais ce qui est bien avec notre produit, c’est qu’il y a une autre façon de l’utiliser. Lorsqu’un capitaine fait face à un danger, il peut envoyer son équipage à l’intérieur de l’Ovatek, mais sans le mettre à la mer tout de suite. Ensuite, il peut essayer de sauver le navire. Si le bateau coule ou se renverse, la capsule peut être déployée manuellement de l’intérieur lorsqu’elle va toucher l’eau», explique Éric Chiasson, ingénieur et responsable des ventes chez Ovatek.

L’espace à l’intérieur est restreint, mais l’Ovatek peut contenir soit quatre ou sept personnes, selon le modèle.

Chaque capsule est inspectée tous les quatre ans par Transports Canada, contrairement aux radeaux gonflables qui sont vérifiés tous les ans. De plus, une capsule comprend assez de nourriture pour sept jours. Les denrées sont bonnes pour environ cinq ans. On y retrouve aussi de l’eau potable, une trousse de détresse et des hameçons, au cas où il faudrait se nourrir en pêchant.

L’Ovatek est étanche, insubmersible et sa durée de vie est illimitée. En 2009, une capsule mise à l’essai dans la région de St. John’s est partie à la dérive lors d’une tempête. Elle a été retrouvée quatre mois plus tard par des pêcheurs sur les côtes d’Islande. À part quelques égratignures, elle était en parfait état.

Un autre atout: ce radeau en forme d’oeuf se redresse par lui-même.

«Lorsqu’un radeau de sauvetage traditionnel se renverse, les gens peuvent se frapper et même perdre connaissance. C’est à ce moment-là que ça devient une grosse histoire. On dit que les radeaux (traditionnels) sont autoredresseurs, mais ce n’est pas toujours le cas. Il peut y avoir de l’eau qui tombe dans le plafond et là, il ne peut pas se redresser. À ce moment-là, tout le monde doit sortir du radeau dans la pire situation imaginable, dans une mer déchaînée», affirme Éric Chiasson.

Environ 75 capsules sortent annuellement de l’usine située dans le Parc industriel de Bas-Caraquet. Environ 1000 exemplaires ont été vendus jusqu’à maintenant. L’entreprise, en activité depuis 1995, emploie une dizaine de personnes.