Des anglophones dans un bastion francophone

CARAQUET – Minoritaires dans un endroit majoritairement francophone, les anglophones de la Péninsule acadienne ont toujours connu une situation assez exceptionnelle. Présents depuis au moins deux siècles, leur influence a grandement marqué la région. En revanche, contrairement à d’autres lieux de la province et du pays, la plupart d’entre eux se sont assimilés au français et s’associent à la culture acadienne. Quand même, il existe encore certaines localités où la langue anglaise se maintient.

Anglophone originaire de Halifax, Brian Caswell est un homme âgé d’une soixantaine d’années. Après une longue carrière de près de 30 ans comme militaire, il s’est installé dans la région de Miscou à sa retraite, il y a près de 20 ans. Ce n’était pas nécessairement dans son plan de vie, mais le hasard a fait qu’il s’est marié à une jolie Acadienne de l’île.
Néanmoins, il fait partie de l’importante minorité anglophone de Miscou, une île qui regorge en héritage anglo-saxon.

Cette île a d’abord été colonisée par le Gallois John Campbell, vers 1815; il a été suivi par Robert Harper, John Marks, Thomas Cowan et Andrew Wilson.

Les Acadiens sont arrivés par la suite et ont en peu de temps relégué les anglophones au statut minoritaire.

Peu de statistiques concernant le nombre actuel d’anglophones dans la région sont disponibles. Le recensement de 2006 démontre toutefois que la paroisse de Shippagan, dont fait partie Miscou, comptait 260 personnes de langue maternelle anglaise. La plupart de celles-ci sont bilingues.

En Nouvelle-Écosse, Brian Caswell n’a jamais eu l’occasion d’apprendre le français. Même en tant que militaire, il ne dit jamais avoir été obligé d’apprendre cette langue.

«Lorsque j’ai joint l’armée, en 1966, le bilinguisme n’existait pas. Tu parlais l’anglais ou rien du tout. C’était ça la réalité. Les jeunes francophones qui se joignaient à l’armée devaient parler l’anglais pour faire leur entraînement de base. Les francophones devaient apprendre l’anglais, mais les anglophones n’avaient pas l’obligation d’apprendre le français», se rappelle Brian Caswell, qui mentionne que le français s’est introduit dans l’armée peu à peu à partir des années 1970.

Malgré son unilinguisme, il sait se débrouiller.

«Au magasin, les chiffres sur le registre restent pareils. Je mets ma carte débit dans la machine et je paie. S’ils ne parlent pas anglais, ça ne me dérange pas», confie-t-il.

Dans le pire des cas, il fait appel à son épouse, Yolande Caswell, une native de l’île.

Née à Miscou en 1946, elle a toujours côtoyé la langue anglaise, même si elle ne l’a pas réellement apprise avant de déménager à Halifax à l’âge de 15 ans.

Le couple Caswell est bien conscient de l’importance du bilinguisme. Leurs enfants, aujourd’hui des adultes, ont été élevés en anglais et en français. Bien qu’unilingue, Brian Caswell est d’avis que tous les parents devraient enseigner les deux langues officielles à leurs enfants.