Thomas Mulcair mise sur les Provinces atlantiques

CARAQUET – Il est 11 h 15. Plu­sieurs personnes sont rassemblées devant l’hôtel de ville de Tracadie-Sheila. La municipalité s’apprête à entamer une cérémonie de lever du drapeau protocolaire en l’honneur du 15 août, la Fête nationale des Acadiens.

De la foule ressort un visage connu, celui de Thomas Mulcair. On le reconnaît de loin. Il semble bien habitué à ces journées rythmées de va-et-vient de gens qui veulent tout simplement le côtoyer afin de raconter à leurs proches qu’ils ont rencontré le premier apôtre du Nouveau Parti démocratique du Canada.

Il n’a pas le même charisme que Jack Layton, mais sa barbe touffue lui donne des allures de son prédécesseur, décédé hâtivement en 2011. Vêtu d’un pantalon noir, d’une chemise blanche déboutonnée et d’un t-shirt blanc orné d’un cœur aux couleurs acadiennes avec son nom de famille «Mulcair» inscrit dans le milieu, il paraît à l’aise.

Son habit, il est bien différent de celui porté la veille lors d’une rencontre éditoriale à l’Acadie Nouvelle. Habillé en veston-cravate, on fait plutôt face au Thomas Mulcair chef de l’opposition officielle à Ottawa. Celui qui a été choisi pour mener le NPD au pouvoir un jour. Celui qui a pour tâche de détrôner Stephen Harper du pouvoir. À l’écouter, chaque parole énoncée par le politicien semble mesurée, comme s’il était toujours à la recherche du mot juste.

Il ne s’agit pas de sa première visite au Nouveau-Brunswick. Au cours de la course à la direction de son parti, il a visité la province à trois reprises. Depuis, il est revenu plusieurs fois, notamment pour offrir un coup de main à son homologue, Dominic Cardy, chef de la section néo-brunswickoise du NPD, lors de l’élection partielle à Rothesay, à la suite de la démission de Margaret-Ann Blaney.

Bien que Dominic Cardy ait perdu l’élection, les résultats obtenus par le NPD dans ce château fort conservateur donnent de l’espoir à Thomas Mulcair. Il estime pouvoir faire des gains importants dans la province en 2015, date prévue de la prochaine élection fédérale.

«Pour le Nouveau-Brunswick, particulièrement, je trouve inconcevable que l’on continue d’élire en alternance les conservateurs et les libéraux. On alterne de déception en déception avec ces deux formations-là. Les gens s’aperçoivent qu’il y a une autre possibilité. Je suis persuadé qu’on est capables d’aller chercher plusieurs sièges ici lors de la prochaine campagne tout simplement parce que les valeurs des gens du Nouveau-Brunswick sont celles du NPD et vice-versa», indique Thomas Mulcair.

L’homme, originaire de la région de Montréal, sait qu’il s’agira d’un important défi. Outre Yvon Godin, son parti ne compte aucun député dans la province. Aux élections de 2011, le parti a été largement dominé par le Parti conservateur. Sauf à Moncton, où il y a eu une course à trois importante la soirée des élections, et à Beauséjour, où la circonscription a été remportée par les libéraux, la plupart des candidats néo-démocrates ont été devancés de loin par les conservateurs.

«Une des choses qui marche le mieux en notre faveur est que nous sommes maintenant l’opposition officielle. On est un gouvernement en attente. C’est certain que sur le plan humain, ça aide avec le recrutement. Pour avoir accompagné Jack Layton à de nombreuses reprises, je peux vous affirmer sans crainte que Jack ne recrutait pas les candidats, il leur faisait la cour. Convaincre quelqu’un de se présenter pour le NPD était tout un travail, parce que les gens nous disaient qu’on était le quatrième parti dans la Chambre des communes», précise-t-il.

Pour y arriver, Thomas Mulcair souhaite séduire l’ensemble de la population canadienne et aller au-delà de la base traditionnelle du NPD. Une mesure controversée pour plusieurs militants de longue date qui craignent que le parti ne glisse vers le centre et abandonne certains de ses principes proches du socialisme.