Lock-out chez Codiac Transpo: usagers et employés en ont assez

MONCTON – À bout de nerfs, des usagers et des employés du service de transport en commun ont interrompu le déroulement de la réunion du conseil municipal de Moncton.

L’appel des dirigeants du Syndicat uni des transports a été entendu, c’est le moins que l’on puisse dire.

Plus tôt dans la journée lundi, les responsables locaux et nationaux du syndicat qui représente les travailleurs en lock-out chez Codiac Transpo se sont présentés devant les médias afin de sensibiliser la population du Grand Moncton à leur cause.

«Nous voulons que les citoyens des trois communautés mettent de la pression sur leurs élus, a expliqué le président du syndicat local, George Turple. Appelez votre conseiller municipal, appelez votre maire, allez voir votre représentant à l’hôtel de ville. Demandez-leur de mettre fin à ce conflit.»

Au même moment, plus de 400 internautes avaient déjà signé une pétition en ligne lancée le vendredi précédent exhortant la Ville de Moncton et les représentants du syndicat à «en arriver à une entente et nous redonner notre service d’autobus».

Des usagers de Codiac Transpo et des travailleurs en lock-out se sont présentés en fin de journée à la réunion publique du conseil municipal de Moncton. Ils en avaient gros sur le coeur.

«Le lock-out affecte énormément les personnes handicapées, car nous avons de la difficulté à sortir de chez nous. Nous dépendons de ce service pour nous déplacer. J’espère que Codiac Transpo va bientôt revenir, car je n’en peux plus de rester à la maison à ne rien faire. Je vais devenir fou», a déploré Robert Melanson lors de son allocution au conseil.

«Les gens en ont assez de voir que rien n’est fait pour régler cette situation, a constaté devant le conseil municipal un autre citoyen, Lucien Sivret. C’est inacceptable qu’après 60 jours de lock-out si peu a été fait.»
Après les allocutions de trois autres citoyens, le maire adjoint, Merril Henderson, en l’absence du maire George LeBlanc, a exprimé l’avis de la municipalité sur le conflit de travail qui l’oppose aux 90 chauffeurs, mécaniciens et préposés à l’entretien des véhicules de Codiac Transpo.

«Le syndicat tient à sa merci les utilisateurs du service d’autobus, les citoyens et le conseil avec sa demande qui ferait passer les salaires d’aujourd’hui dépassant les 44 000 $ à un salaire dépassant les 55 000 $ à la fin de leur contrat», a lu M. Henderson.

«Nous incitons les membres du syndicat uni des transports à revenir à la table des négociations avec nous et d’y arriver avec des demandes réalistes, des demandes que nous pourrons justifier aux contribuables et aux utilisateurs de Codiac Transpo», a-t-il ajouté.

L’atmosphère s’est gâchée dans la salle du conseil quand le maire adjoint a voulu mettre un terme à la discussion et passer au prochain sujet de l’ordre du jour provocant un tollé de désapprobation dans la salle. Quelques échanges chaotiques s’en sont suivis. La quarantaine de citoyens mécontents ont finalement quitté la salle, lançant au passage quelques reproches à l’intention de leurs élus municipaux.

Seul le conseiller Shawn Crossman a abordé le conflit du transport en commun par la suite. M. Crossman a dit souhaiter que la municipalité et le syndicat reviennent à la table des négociations le plus tôt possible. Il a aussi déploré que les représentants des travailleurs n’aient pas pris la parole devant le conseil plutôt que de laisser les citoyens les défendre.
George Turple avait mentionné plus tôt lundi que le syndicat appuyait la démarche des citoyens qui devaient se rendre à l’hôtel de ville, mais n’en était pas l’initiateur.

Les salaires, la répartition des heures supplémentaires et le vocabulaire d’un nouveau contrat de travail sont à la source du lock-out décrété par la Ville de Moncton le 27 juin. 

Un service de toute façon « mal adapté » aux étudiants
MONCTON – Le lock-out qui dure depuis plus de sept semaines chez Codiac Transpo touche durement certains aînés, mais il n’en sera pas nécessairement de même pour les étudiants une fois l’année universitaire commencée.

Selon le directeur général de la Fédération des citoyens aînés du Nouveau-Brunswick, l’arrêt du service de transport en commun dans le Grand Moncton nuit certainement à plusieurs personnes âgées.

«Quand on enlève le transport aux aînés, on enlève tous les contacts sociaux qu’ils peuvent avoir. C’est un handicap pour eux. Il faut admettre qu’il y a plusieurs aînés qui souffrent d’isolement à cause de ça», constate Conrad LeBlanc.

La situation est d’autant plus tragique que le revenu de bon nombre d’aînés est en dessous du seuil de pauvreté, rappelle-t-il.

«Si le service de repas chaud ne vient pas à la maison, certains aînés ont besoin de visiter les banques alimentaires pour survivre. Qu’est-ce qu’ils font sans transport en commun? Ils ne peuvent pas se payer de taxi», déplore le porte-parole.

Alors que les étudiants seront bientôt de retour sur le campus de l’Université de Moncton, la présidente de la fédération étudiante ne s’inquiète pas outre mesure de l’impact qu’aura le lock-out sur ses membres.

Jugé inadéquat par plusieurs, le service de Codiac Transpo est peu utilisé par les étudiants, témoigne-t-elle.

«Pour les étudiants, le monde ne va pas arrêter de tourner. Les étudiants vont prendre le taxi, faire du covoiturage ou trouver d’autres moyens de se rendre en ville. C’est sûr que le lock-out c’est plate et que ça va affecter des étudiants, mais pas tant que ça parce que présentement le service n’est pas adapté pour les étudiants», avoue Joëlle Martin.

À son avis, la fréquence des trajets des autobus qui desservent le campus devrait être grandement améliorée pour que les étudiants utilisent davantage le service de transport en commun. C’est aussi pour cette raison que la fédération étudiante a mis en veilleuse l’idée d’une passe d’autobus universelle pour tous ces membres