La Côte-Nord, le nouvel Eldorado des Acadiens?

CARAQUET – Après les États-Unis au XIXe siècle et plus récemment Fort McMurray en Alberta, le nouvel Eldorado des Acadiens se trouve-t-il sur la Côte-Nord? Cette région du Québec connaît actuellement une croissance économique importante, mais plusieurs employeurs peinent à recruter une main-d’oeuvre qualifiée.

Le Cégep de Baie-Comeau, situé dans l’un des centres majeurs de la région, espère recruter quelques Acadiens de plus dans cet établissement.

Francis Turcotte, responsable du recrutement et du marketing au Cégeg de Baie-Comeau, était récemment de passage au Nouveau-Brunswick afin de présenter les atouts de cette maison d’enseignement. Il a notamment rencontré des étudiants d’Edmundston, de Grand-Sault, de Shippagan, de Caraquet et de Tracadie-Sheila.

L’établissement compte pour l’instant seulement une poignée de Néo-Brunswickois, même si la Côte-Nord est bien inscrite dans l’ADN collectif des Acadiens. Certaines communautés, dont Havre-Saint-Pierre, ont été fondées par des familles acadiennes venues des Îles-de-la-Madeleine. Lors de sa visite au Nouveau-Brunswick, Francis Turcotte a remarqué d’autres ressemblances.

«J’ai été surpris par les rapprochements entre l’Acadie et la Côte-Nord. On vit un peu les mêmes problématiques: crise forestière, crise des pêches, exode des jeunes», affirme Francis Turcotte.

Au cœur du projet de développement des ressources naturelles du nord du Québec, la Côte-Nord connaît actuellement un boom économique exceptionnel après plusieurs années de ralentissement.

André Lepage, économiste pour Emploi-Québec Côte-Nord, explique que la région a été frappée par une crise au début des années 1980. Environ 23 % des emplois ont été perdus et la population a chuté de 118 000 à 95 000 en quelques années.

«Mais la situation s’est renversée, c’est l’effervescence, la demande mondiale pour le fer est très importante. Il y a une croissance soutenue dans l’industrie minière de la Côte-Nord et cette croissance est soutenue par la construction du complexe hydroélectrique de la rivière Romaine», fait-il savoir.

Les projets miniers sont importants. La Côte-Nord exporte environ 20 millions de tonnes de minerais de fer annuellement et il est prévu que cette production quintuple d’ici 10 ans.

Résultat de cette nouvelle croissance? Un manque de travailleurs qualifiés dans plusieurs secteurs. On prévoit d’ailleurs que le taux de chômage baisse à environ 6 % d’ici 2015, contre un taux de plus de 10 % durant la première décennie des années 2000. L’un des buts avoués du Cégep de Baie-Comeau est donc de combler ce besoin en formant de nouveaux techniciens et spécialistes.

«Il est clair que nos initiatives de recrutement sont fortement influencées par le Plan Nord et le boom économique que nous vivons, puisqu’il y a beaucoup d’emplois disponibles présentement dans différents domaines dans notre région, notamment dans des domaines en lien direct avec nos offres de formation. On n’a qu’à penser à nos finissants en électronique industrielle, avec les nombreuses usines qui se développent, en génie civil, avec la construction de nouvelles routes et de barrages hydroélectriques, ou en gestion de la ressource faunique et forestière, avec un programme unique en gestion de la ressource faunique et en foresterie», explique M.Turcotte.

André Lepage met en garde toutefois ceux qui croient pouvoir débarquer sur la Côte-Nord en espérant se dénicher un emploi de journalier qui paie un salaire de 30 $ l’heure.

«Dans le secteur minier, qui recrute déjà sans doute beaucoup au Nouveau-Brunswick, les salaires sont très élevés. Ils ont les moyens de recruter de la main-d’oeuvre. Mais cette croissance génère aussi des besoins dans l’ensemble de l’économie, donc dans le secteur des services (hébergement, restauration). Dans ce secteur, on n’est pas capable de soutenir ces salaires, donc on trouve des besoins en main-d’oeuvre qui sont plus difficiles à combler», précise l’économiste.