CARAQUET – Ancien ministre et actuel président-directeur général de la compagnie d’assurance Assomption Vie, Denis Losier veut organiser la riposte aux attaques contre le bilinguisme institutionnel et la dualité alimentées par une campagne médiatique depuis plusieurs semaines.

«J’ai la forte intention de réunir un groupe de gens d’affaires pour parler stratégie et voir comment on réagit à tout ça, car c’est tout à fait inacceptable», annonce Denis Losier en entrevue à l’Acadie Nouvelle.

Il laisse entendre que cette réunion pourrait avoir lieu dans les prochaines semaines et qu’elle pourrait associer d’autres organisations acadiennes. Quant à savoir s’il prendra lui-même la tête de la riposte, la réponse n’est pas arrêtée.

«Je ne sais pas si ça sera moi, reconnaît l’homme d’affaires. Ça sera la décision d’un groupe. Je trouve qu’il est grand temps qu’on commence à réagir collectivement et individuellement. Les gens d’affaires doivent faire connaître leur position au gouvernement sur cette question-là.»

La position de l’homme d’affaires est très claire.

«On ne veut pas de conflit, on veut l’harmonie entre les deux communautés linguistiques, mais on ne va pas se laisser taper sur la gueule, comme ça, continuellement, sans réagir.»

Denis Losier, un ancien président de la Société des Acadiens du Nouveau-Brunswick, aux débuts des années 1980, avoue un réel agacement devant les remises en question des droits acquis des francophones qui se répètent depuis plusieurs semaines dans la presse anglophone.

«Il est malheureux que le Telegraph Journal essaye de créer encore une fois une division linguistique entre les Néo-Brunswickois anglais et français. Je suis un peu perplexe. Pourquoi le TJ voudrait-il ranimer toutes ces tensions linguistiques à l’intérieur du Nouveau-Brunswick, alors qu’on a connu environ une trentaine d’années d’harmonie, pas tout à fait parfaite, mais d’harmonie quand même?»

Denis Losier aimerait en premier lieu que le gouvernement du Nouveau-Brunswick sorte de sa réserve.

«Il faut que le gouvernement fasse une déclaration à un moment donné et qu’il remette les pendules à l’heure. Qu’il explique ce que sont les droits des Acadiens, et le rattrapage en santé», croit-il.

Mais, pour l’heure, force est de constater qu’on ne se bouscule pas au gouvernement pour venir défendre et expliquer le système linguistique dont le gouvernement est responsable.

Un silence qui pourrait être interprété de bien des façons alors que la révision de la Loi sur les langues officielles est en cours.

«On peut quand même soupçonner qu’il y a une stratégie derrière toutes ces déclarations des dernières semaines pour que le gouvernement pense que ce n’est pas le temps de renforcer la Loi sur les langues officielles. S’il n’y a pas de réactions, c’est peut-être ce qui va arriver», craint M. Losier.

LES DEUX CÔTÉS DU BILAN

CARAQUET – Homme d’affaires averti, Denis Losier sait bien qu’un bilan se mesure avec les dépenses et les recettes. Mais, en ce qui a trait au bilinguisme institutionnel, l’analyse de certains semble un peu déséquilibrée, constate-t-il.
«Que le Telegraph Journal vienne constamment nous dire qu’on coûte cher comme population, ça, je ne le prends plus… On revient toujours sur le fait que c’est le bilinguisme institutionnel qui est responsable du déficit de la province. On prend la population acadienne pour des boucs-émissaires pour, peut-être, masquer le fait qu’il y a d’autres raisons qui expliquent que le déficit provincial augmente.»
Dans le raisonnement économique ciblant les coûts du bilinguisme institutionnel et de la dualité, on oublie trop souvent, au goût de Denis Losier, tout ce que rapporte la situation spécifique du Nouveau-Brunswick au regard des deux langues officielles.
«Le Telegraph Journal ne regarde qu’un côté de la comptabilité de la langue» et l’homme d’affaires convaincu que «la population acadienne contribue de façon très concrète à l’économie du Nouveau-Brunswick» ne manque pas d’exemples des bénéfices qu’en tire la province.
«Le fait que nous ayons cette population francophone au Nouveau-Brunswick attire des investissements majeurs dans la province», souligne-t-il. Denis Losier évoque les secteurs de la traduction, de la communication, mais aussi du tourisme. «Le tourisme qui vient du Québec, c’est en partie parce que nous avons une population francophone, les centres d’appels à Moncton, Fredericton ou Saint-Jean sont là justement parce qu’il y a une population francophone.»
Pour lui, si on veut vraiment faire les comptes honnêtement, il faut regarder des deux côtés du bilan.

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