Le N.-B. a une chance sur deux d’être en faillite d’ici 30 ans

EDMUNDSTON – Le Nouveau-Brunswick pourrait-il, à l’instar de la Grèce, se retrouver en faillite? Selon l’Institut MacDonald-Laurier, les chances pour que cela se produise dans 30 ans sont de l’ordre d’une sur deux. Mais attention avant de paniquer, prévient l’économiste André Leclerc.

L’Institut MacDonald-Laurier a publié la semaine dernière une étude portant sur la solvabilité des provinces. En se basant notamment sur la nature de l’économie de chacune des provinces, de même que sur l’état de leurs finances publiques, l’organisation a quantifié les chances qu’une juridiction canadienne se retrouve en défaut de paiement d’ici 20 et 30 ans.

Conclusion: l’Ontario et l’Alberta, en raison de l’ampleur de leur dette et de leur propension à enregistrer des déficits, sont les provinces les plus à risque de se retrouver en faillite.

L’institut soutient que les chances que l’Alberta – dont l’économie repose fort majoritairement sur l’exploitation de la ressource non renouvelable qu’est le pétrole – soit en déficit de paiement d’ici 2042 sont de 84,1 %.

La situation est un brin plus rose au Nouveau-Brunswick où l’organisme estime à 23,4 % les chances que la province puisse être en faillite d’ici 20 ans et à 52,9 % d’ici 30 années.

Le gouvernement du N.-B. pourrait, hypothétiquement, se retrouver dans la même situation que la Grèce qui, actuellement, ne réussit pas à rembourser sa dette et les intérêts sur celle-ci ainsi qu’à honorer ses engagements financiers à titre d’employeur et de pourvoyeur de services.

«Si on ne modifie pas nos comportements en termes fiscaux, et que l’on continue à avoir le même niveau de déficit qu’on observe aujourd’hui, c’est certain qu’à long terme le gouvernement provincial va se retrouver dans une situation insoutenable», analyse André Leclerc à la lumière des conclusions de l’étude.

Selon les états financiers vérifiés publiés à la mi-août par le ministère des Finances, la dette du N.-B. était de plus de 10 milliards $, alors que le déficit tournait autour de 260 millions $.

«Je n’aime pas ce genre d’études qui sont là un peu pour faire peur aux gens, souligne André Leclerc. Mais si elles peuvent conscientiser les gens de l’importance de revenir à l’équilibre budgétaire, c’est encourageant.»

«C’est un peu comme une sonnette d’alarme pour dire aux gens que les politiques fiscales sont un outil pour stimuler l’économie en période de récession, mais que les gouvernements ne peuvent pas continuellement se retrouver en déficit. Il faut avoir la rigueur de retourner à l’équilibre budgétaire et en surplus budgétaire lorsque la situation le permet.»

Reste que si le gouvernement du N.-B. continue de multiplier les déficits comme il le fait actuellement et qu’il ne prend pas les mesures pour améliorer l’économie de la province et de renflouer le service de la dette, les chances que la province se retrouve en faillite en 2042 sont d’une sur deux.

Citant la directrice du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, André Leclerc croit qu’une telle hypothèse est peu envisageable. De passage à Toronto la semaine dernière, Mme Lagarde a affirmé que «les pays qui tentent de réformer leur système financier devraient s’inspirer des mesures mises en place par le Canada pour protéger son économie».

UNE VISION TRÈS À DROITE

EDMUNDSTON – L’Institut MacDonald-Laurier se décrit comme un organisme «indépendant» et «non partisan» dont le mandat est de «rendre les politiques publiques de mauvaise qualité inacceptables aux yeux du gouvernement fédéral».
Dans les faits, toutefois, l’institut est dirigé par de riches gens d’affaires. Par le passé, l’organisme a indiqué, par ses prises de position, qu’il était favorable à des baisses d’impôts pour les entreprises, à la diminution des dépenses publiques et à la privatisation du système de santé.
Pour André Leclerc, la plus récente étude de l’Institut MacDonald-Laurier est teintée de cette même vision conservatrice et très à droite.
M. Leclerc est convaincu que les résultats de l’étude ont été dévoilés avec un intérêt, soit celui de démontrer l’importance pour les gouvernements de limiter leurs dépenses.
«Compte tenu de la situation financière précaire de certains gouvernements, les citoyens ont un peu de difficulté à accepter qu’ils puissent limiter leurs dépenses afin de chercher à obtenir l’équilibre budgétaire, ce qui implique des augmentations de taxes, des réductions de services ou des pertes d’emplois. Bref, ça implique des décisions difficiles. L’étude est donc un bon moyen de vendre ces décisions aux citoyens.» – PaC