Réforme de l’assurance-emploi: la tension monte d’un autre cran

TRACADIE-SHEILA – Plus de 500 manifestants ont paralysé lundi le centre-ville de Tracadie-Sheila pour protester contre la réforme de l’assurance-emploi.

Cette nouvelle manifestation est la troisième en l’espace de cinq jours à Tracadie-Sheila. Mais, cette fois, la tension est clairement montée d’un cran.

Les manifestants, venus de toute la Péninsule acadienne, ont entièrement bloqué l’accès au centre-ville dès 7 h du matin en dressant des barrages aux entrées nord, sud et ouest.

«Si on ne se bat pas, on va crever de faim», lance une mère de famille qui a répondu à l’appel à la manifestation relayé cette fois encore de bouche à oreille et sur les réseaux sociaux.

Lundi, les manifestants ont réussi à transformer le centre-ville de Tracadie-Sheila en ville fantôme pour montrer les conséquences que la réforme pourrait avoir sur toute l’activité économique de la Péninsule.

«On veut montrer aux commerçants qu’il faut qu’ils nous soutiennent», explique Danielle Robichaud, l’une des manifestantes. «Si on nous ôte notre gagne-pain, le restaurant, l’épicerie, on n’y ira plus. C’est nous autres qui les faisons vivre.»

La rue Principale, où s’était concentrée la majorité des manifestants, est restée paralysée jusque dans l’après-midi. La circulation a pu reprendre seulement à partir de 15 h après la levée des différents barrages. Le plus important, érigé devant le pont à l’entrée nord de la ville, a été le dernier qui a été abandonné par les manifestants.

C’est là aussi que les manifestants ont exprimé avec le plus de vigueur leur colère. Certains d’entre eux n’ont pas hésité à allumer, au milieu de la chaussée, un feu nourri de planches et de pneus.

Selon nos informations, aucune interpellation n’a été effectuée par les policiers de la GRC présents en nombre tout au long de la journée à proximité des différents barrages.

Un hélicoptère de la GRC a effectué plusieurs passages au-dessus de la foule durant la manifestation.

Vers 11 h, un officier de la GRC est allé à la rencontre des manifestants en leur demandant de libérer l’accès au pont. En guise de réponse, les manifestants ont rajouté d’autres pneus dans le brasier.

Certains d’entre eux promettent de revenir mardi à Tracadie-Sheila pour poursuivre leur mobilisation, d’autres annoncent un rassemblement au centre-ville de Caraquet.

«On lâche pas», scandaient régulièrement les opposants à la réforme de l’assurance-emploi qui réclament un retrait pur et simple des nouvelles règles qui pénalisent tout particulièrement les travailleurs saisonniers.

Elles prévoient que les prestataires de l’assurance-emploi doivent plus rapidement accepter un poste moins bien rémunéré, à un lieu situé jusqu’à une heure de voiture de chez eux, sinon, leurs prestations peuvent être suspendues.

DES MANIFESTATIONS SANS RÉELLE ORGANISATION

TRACADIE-SHEILA – Alors que ces derniers mois, les précédentes manifestations dans la Péninsule contre la réforme de l’assurance-emploi étaient clairement organisées, les trois derniers rassemblements à Tracadie-Sheila apparaissent beaucoup plus spontanés. La base des manifestants donne l’impression de prendre de plus en plus le pas sur les comités mis en place jusque-là.

Fait notable, aucun élu n’a fait le déplacement lundi pour apporter son soutien aux manifestants.

«Je ne suis pas l’organisatrice», répétait Alma Breau-Thibodeau, en marge de la manifestation. La présidente du Comité d’action assurance-emploi à la défense des travailleurs est depuis plusieurs mois en première ligne de la contestation.

Mais, cette fois, elle est venue apporter son soutien aux manifestants.

Si elle a salué leur mobilisation, elle a aussi lancé un appel au calme. «Ça va devenir hors de contrôle», prévient-elle, consciente que les risques de dérapage sont chaque jour plus grands.

«J’espère que Harper et Finley vont recevoir notre message.»

OPÉRATION VILLE FANTÔME

TRACADIE-SHEILA – Si l’objectif des manifestants était de marquer les esprits en transformant le cœur de Tracadie-Sheila en ville fantôme, ils ont réussi.

Cette nouvelle manifestation a perturbé lundi toute l’activité économique de Tracadie-Sheila. Les commerçants n’ont pas eu d’autre choix que de fermer boutique et de renvoyer leurs employés chez eux, les clients ne pouvant accéder au centre-ville.

Dans les rares commerces qui sont restés ouverts, personne ne semblait vouloir commenter la situation. Même silence du côté de la Chambre de commerce de Tracadie-Sheila. Jointe au téléphone par l’Acadie-Nouvelle, sa présidente Sylvie Cormier a refusé d’émettre le moindre commentaire.