Budget: les hausses d’impôts étaient inévitables

FREDERICTON – Nous saurons dans environ 18 mois si le gouvernement de David Alward a attendu trop longtemps avant d’aller chercher des revenus supplémentaires afin de l’aider dans sa lutte au déficit. Entre-temps, les analystes pensent que les hausses d’impôts annoncées dans le budget de mardi étaient inévitables.

Le gouvernement conservateur, qui avait promis le retour à l’équilibre budgétaire à la fin de son mandat, a présenté ses deux premiers budgets sans hausse significative de taxe et sans hausse d’impôts.

Or pour l’économiste Pierre-Marcel Desjardins, de l’Université de Moncton, la lutte au déficit passe par une combinaison de compressions des dépenses et de hausses de revenus.

Même s’il aurait souhaité que le gouvernement agisse plus tôt, M. Desjardins estime qu’il vaut mieux tard que jamais.

«Je dirais qu’il n’est jamais trop tard, mais le défi auquel on fait face serait moindre si on avait agi plus tôt. J’aurais souhaité que dès son premier budget, M. Higgs aille de l’avant avec des mesures du côté des revenus», estime M. Desjardins.

Il rappelle qu’il était opposé aux réductions d’impôts instaurées par le gouvernement de Shawn Graham en 2008.

Selon l’économiste, le choix qui a été fait en ce qui a trait aux catégories de revenus qui seront les plus imposées est juste.

«Dans la perspective de justice sociale, je pense qu’il est juste de demander aux plus nantis de faire un sacrifice», explique M. Desjardins.

Le politologue Roger Ouellette fait quant à lui écho aux propos de M. Desjardins.

«Il n’est jamais trop tard pour bien faire», pense M. Ouellette

«C’est sûr que c’est un budget qui aurait dû être présenté en l’an un et non en l’an trois», ajoute-t-il toutefois.

Mais le gouvernement est-il allé assez loin pour accroître les revenus qui lui font si cruellement défaut à cause de la croissance économique anémique de la province?

Roger Ouellette ne se prononce pas sur la nécessité d’un recours à une hausse de la taxe de vente harmonisée, la TVH.

Mais il croit cependant que la loi qui exige qu’un gouvernement tienne un référendum pour hausser cette taxe est purement démagogique.

«À ma connaissance, le Nouveau-Brunswick est le seul endroit au Canada où il existe une telle loi qui à mon avis est démagogique. Donc il faudrait que cette loi soit éventuellement abrogée», pense M. Ouellette.

De son côté le politologue Donald Wright, de l’UNB, trouve que ce n’était pas une très brillante idée de la part des conservateurs que de promettre le retour à l’équilibre budgétaire en quatre ans sans hausse de taxes et d’impôts ni réduction dans les services.

«C’était stupide de dire cela et maintenant ça revient les hanter. Mais est-ce que ça va leur nuire?», se demande M. Wright.

Quant à Tom Bateman, professeur de Sciences politiques à l’Université St. Thomas de Fredericton, il croit également que les hausses d’impôts étaient nécessaires.

Mais il n’entrevoit pas de sérieuses conséquences politiques pour le gouvernement de David Alward.

«Étant donné que le choc sera absorbé par les mieux nantis, il n’y aura pas de grand mouvement de sympathie pour ceux qui vont payer plus d’impôts», juge le politologue.

Il constate cependant que malgré que le gouvernement annonce des compressions supplémentaires de 230 millions $, les hausses d’impôts ne suffisent pas à mâter le déficit.

«Le déficit va quand même atteindre près d’un demi-milliard de dollars, ce qui est stupéfiant. Il y a là un problème structurel sérieux», estime Tom Bateman.