Le commissaire Jean-Guy Rioux est critiqué

MONCTON – La pression se fait de plus en plus forte sur le commissaire Jean-Guy Rioux, alors que l’opposition à la nouvelle carte électorale prend de l’ampleur.

Au cours des trois derniers mois, le politologue de l’Université de Moncton, Roger Ouellette, a déjà soulevé la question deux fois dans sa chronique hebdomadaire publiée dans l’Acadie Nouvelle. En coulisse, ils sont plusieurs à avoir la même interrogation.

Pourquoi Jean-Guy Rioux, un éminent Acadien, ne s’est-il «pas dissocié de ses collègues pour prendre la défense de la communauté acadienne» lors du redécoupage des circonscriptions électorales provinciales? écrivait M. Ouellette dans nos pages, mercredi.

M. Rioux est l’un des six membres de la Commission sur la délimitation des circonscriptions électorales et la représentation qui a déposé son rapport final le 25 avril. Deux autres francophones siègent à la commission, la coprésidente Annise Hébert Hollies et le politologue retraité de l’Université du Nouveau-Brunswick, Condé R. Grondin.

Quatre communautés francophones, Beresford, Saint-Isidore, Néguac et Memramcook, contestent le redécoupage de la carte pour son manque de respect des principes de communautés d’intérêts et de représentation effective. Elles songent à faire appel aux tribunaux.

«Le commissaire Jean-Guy Rioux, ancien président de la SANB, devra sortir de son mutisme pour dénoncer la situation, et dire qu’il ne pourra entériner une carte électorale qui piétine les droits des francophones», suggérait Roger Ouellette le 13 mars.

Joint chez lui, jeudi, M. Rioux a indiqué qu’il devait attendre à la fin des travaux de la commission avant de répondre «aux attaques personnelles qui ont été faites» contre lui.

«Plusieurs personnes ne voient qu’un côté dans ce dossier-là», a-t-il brièvement expliqué.

«Je tiens à dire une chose. La carte électorale que nous avons va donner à la population acadienne et francophone du Nouveau-Brunswick 16 circonscriptions francophones où l’on peut faire élire des députés. C’est le tiers (des circonscriptions). C’est ce que nous représentions avant et c’est ce que nous représentons dans la population», a-t-il dit.

Selon la nouvelle carte électorale, les francophones sont majoritaires dans 32,7 % des 49 circonscriptions électorales. De plus, les francophones sont à égalité avec les anglophones dans la circonscription de Moncton-Centre.

D’après la carte électorale en vigueur lors des dernières élections, les francophones étaient majoritaires dans 21 des 55 circonscriptions, ou 38,2 %. Selon le recensement de 2006, 32,7 % des Néo-Brunswickois ont pour langue maternelle le français.

La nouvelle carte transfère cependant le village de Memramcook d’une circonscription à 70 % francophone vers Memramcook-Tantramar où les francophones seront minoritaires à 30,4 %. Le poids des francophones diminue aussi dans d’autres circonscriptions.

Jean-Guy Rioux était président de la SANB au début des années 2000 lorsque les Acadiens se sont rendus jusqu’en Cour fédérale pour faire annuler la décision de la commission électorale de l’époque qui avait décidé de faire passer la communauté francophone d’Allardville dans la circonscription de Miramichi.

Selon Roger Ouellette, M. Rioux aurait dû écrire un rapport minoritaire comme l’a fait «le commissaire Paul Gaudet lorsque la Commission de la carte électorale de la Nouvelle-Écosse a fait disparaître les circonscriptions acadiennes.»

M. Ouellette a lui-même été l’auteur d’un rapport qui allait à l’encontre de la majorité alors qu’il était vice-président de la Commission néo-brunswickoise de délimitation des circonscriptions électorales fédérales en 1994. Il s’opposait alors à la présence de localités francophones dans de nouvelles circonscriptions à majorité anglophone.

Le président sortant de la SANB hésite quant à lui à jeter la pierre au commissaire Rioux.

«Je trouve ça encore surprenant que M. Rioux soit complice d’un tel rapport. J’ai des questions à me poser et à lui poser. J’essaie de garder le dialogue ouvert avec le commissaire Rioux et les autres membres de la commission», a indiqué Jean-Marie Nadeau, jeudi.

Les communautés francophones ont l’intention de déposer de nouvelles suggestions à la commission avant la date butoir du 9 mai. Pour ce faire, chaque localité doit obtenir la signature de deux députés.