Des murs de pierres font disparaître des plages dans le Sud-Est

CAP-PELÉ – Des propriétaires de maisons construites trop près des côtes érigent des murs de pierres ou de ciment pour se protéger des inondations lors de tempêtes. Ce faisant, ils mettent l’écosystème côtier à risque.

Sur la côte sud-est du Nouveau-Brunswick, plusieurs propriétaires ont construit des murs protecteurs après les grandes tempêtes de 2000 et 2010.

Quelques ann ées ont passé, et on commence à remarquer l’impact que ces infrastructures ont sur les plages.

«On n’a plus la plage qu’on avait un temps. On dirait que c’est la marée haute tout le temps. De temps en temps, la mer va nous laisser 4 ou 5 pieds de sable, mais c’est tout», a indiqué un résidant de Grand-Barachois, près de Shediac.

«C’est un dossier qui est délicat. C’est facile d’en parler quand tu n’as pas de maison sur le bord de l’eau, a affirmé Serge Jolicoeur, professeur de géographie à l’Université de Moncton, campus Moncton. Les personnes qui construisent un mur ne savent pas nécessairement qu’ils vont perdre leur plage.»

Selon M. Jolicoeur, la disparition de la plage serait due au ressac des vagues contre les murs, ce qui brasse le sable et le retourne en mer.

De plus, l’augmentation du niveau de la mer repousse les dunes et les marais vers l’intérieur de la côte. De 1900 à 2000, ce niveau a haussé de 0,32 mètre. Les experts prévoient une hausse de 1,05 mètre d’ici 2100.

Quand des murs, ou même des maisons ou des routes bloquent le mouvement naturel de l’écosystème côtier, celui-ci finit par disparaître.

«L’environnement côtier migre à l’échelle du siècle, explique M. Jolicoeur. Il faut trouver une nouvelle façon d’habiter la côte qui fera en sorte qu’on puisse, nous aussi, migrer graduellement.»

«Si on décide de rester là, sans la capacité de bouger, les habitats côtiers vont finir par disparaître, et de toute façon, à terme, c’est la mer qui va gagner», a-t-il averti.

Selon M. Jolicoeur, on ne doit pas abandonner le développement côtier, mais les planificateurs municipaux se doivent de tenir en considération le mouvement des côtes.

«Il y a des solutions. Par exemple, quand on fait un lotissement sur le bord de l’eau, on doit prévoir des terrains assez profonds afin de bouger sa maison si la mer est trop proche.»

D’ailleurs, les municipalités de la région sud-est, soit Cap-Pelé, Shediac et la Communauté rurale Beaubassin-Est, ont adopté des mesures de développement durable. Les murs protecteurs ne sont pas encore interdits, mais on exige que toute nouvelle maison soit construite au-dessus d’un certain niveau de la mer.

«Dans notre plan municipal, adopté en janvier 2012, il y a une zone côtière protégée et les maisons doivent être une telle hauteur, afin d’assurer le développement durable», a fait savoir Jacques LeBlanc, le maire de Shediac.

Aux États-Unis, les États de la Caroline du Nord et du Maine ont des lois qui interdisent la construction de murs de protection le long des côtes, selon M. Jolicoeur.