Immigration francophone: la stratégie de Fredericton critiquée

CARAQUET – Face au dernier tableau dressé par Statistique Canada, des voix s’élèvent au Nouveau-Brunswick pour demander au gouvernement provincial de faire évoluer sa politique d’immigration.

Les résultats de l’Enquête nationale auprès des ménages de 2011, publiés mercredi par Statistique Canada, ont montré que si le nombre d’immigrants avait augmenté ces dernières années au N.-B., la proportion de francophones parmi eux avait régressé.

Un constat qui ne surprend pas vraiment Michel Doucet, le directeur de l’Observatoire international des droits linguistiques.

«Il est clair qu’à moins d’un changement radical dans la politique d’immigration de la province, afin de favoriser uniquement l’immigration francophone, ce qui risque de ne jamais se produire, le déséquilibre entre les deux communautés linguistiques de la province risque de s’accentuer», selon le juriste.

Pour autant, il juge qu’il serait «bien naïf de croire que l’avenir de la communauté francophone du N.-B. passe par l’immigration. Les immigrants qui choisissent le Nouveau-Brunswick ne le font pas pour le bilinguisme, ni pour intégrer la communauté francophone. Le déséquilibre existait avant et risque de perdurer pour les années à venir».

Mercredi, dans l’Acadie Nouvelle, Bruno Godin, le directeur général de la SANB, plaidait pour une intervention musclée du gouvernement. «Si on reçoit plus d’anglophones que de francophones, à long terme ce n’est pas soutenable pour la communauté francophone», s’inquiétait-il en souhaitant que le gouvernement opte pour un objectif d’au moins 32 % d’immigrants francophones afin que l’écart entre les deux communautés linguistiques se creuse encore.

«La province devrait définir une stratégie en matière d’immigration francophone», reconnaît aussi Chedly Belkohodja, professeur au Département de science politique de l’Université de Moncton.

Il rappelle au passage que d’autres provinces ont déjà prévu des quotas d’immigrants francophones.

«L’Ontario les a fixés à 5 % récemment, mais 32 % c’est un peu gros», pense-t-il.

«On peut tout de même demander à la province du Nouveau-Brunswick, étant une province officiellement bilingue, de développer une stratégie pour travailler sur ce dossier-là», poursuit-il.

Les résultats de l’Enquête nationale auprès des ménages inspirent à Majella Simard, professeur au Département d’histoire et de géographie de l’Université de Moncton, une autre remarque. Les chiffres de Statistique Canada montrent que le N.-B. est loin de séduire autant d’immigrants que d’autres provinces. Pour lui, ces chiffres «reflètent l’urgence pour le gouvernement du N.-B. d’élaborer une politique démographique orientée vers l’accroissement de la natalité, un meilleur contrôle des migrations et la stimulation de l’immigration notamment au sein des petites villes ainsi qu’en milieu rural».

AUCUNE RÉACTION DU GOUVERNEMENT

CARAQUET – Difficile de savoir ce que pense le gouvernement du tableau de l’immigration au N.-B. dévoilé mercredi matin par Statistique Canada. Ce jour-là, l’argument avancé par le service communication du ministre Danny Soucy était que l’analyse des données était toujours en cours. Soit. Mais cette analyse a dû se poursuivre également jeudi, car ce jour-là aussi il a été impossible à l’Acadie Nouvelle d’obtenir le moindre commentaire ou l’assurance qu’une réaction viendrait un jour ou l’autre. Plusieurs courriels et différents appels téléphoniques n’y ont rien changé.

Pourtant les questions ne manquent pas quant à savoir si le gouvernement provincial se préoccupe ou pas des résultats de l’Enquête nationale auprès des ménages. Compte-t-il ou non réviser sa stratégie d’immigration? Un effort particulier est-il prévu pour recruter des immigrants francophones? Autant de questions pour l’heure sans réponse. – PiL