Gaz de schiste et pétrole: le plan de Fredericton est très mal accueilli

FREDERICTON – Une coalition de groupes communautaires du Nouveau-Brunswick réagit avec colère et frustration à la publication, jeudi, du «Plan directeur pour le pétrole et le gaz naturel» par le gouvernement provincial.

Selon la coalition, ce plan directeur ne tient pas compte d’une multitude de facteurs, d’études et d’avis d’experts concernant les conséquences du développement du gaz de schiste sur l’environnement et la santé.

«Et, plus troublant encore, il (le gouvernement provincial) a ignoré les voix de ses propres citoyens», peut-on lire dans la déclaration de la coalition.

La professeure Julia Linke, du chapitre de Fredericton du Conseil des Canadiens, croit que c’est là une des omissions les plus renversantes non seulement du plan directeur, mais aussi de l’approche du gouvernement.

«Ce document est un plan directeur pour un navire en plein naufrage. Tous les membres de notre coalition ont été très clairs et cohérents à l’effet que le gouvernement n’a pas de mandat, n’a pas le consentement de la population et n’a pas de contrat social pour aller de l’avant avec le développement de cette ressource», a insisté Mme Linke.

La coalition appuie cette affirmation en disant que des pétitions totalisant plus de 20 000 signatures ont été envoyées au gouvernement afin de lui demander de ne pas s’engager dans cette voie.

«Une lettre récente de groupes représentant plus de 50 000 personnes appelant à un arrêt des explorations du gaz de schiste» a aussi été ignorée, disent les coalisés.

Par contre, soutiennent-ils, le gouvernement s’est montré très attentif aux intérêts de l’industrie et du secteur financier.

«Il a écouté les intérêts personnels des banques par l’intermédiaire de l’ancien premier ministre Frank McKenna, qui représente la Banque TD – un investisseur important dans le secteur des pipelines de TransCanada, et une banque qui fait fortune à partir de fusions et d’acquisitions pétrolières et gazières», dénonce la coalition.

La réponse ultime de la coalition au plan directeur est de demander au gouvernement de laisser les citoyens avoir le dernier mot dans la décision de procéder ou non au développement du gaz de schiste au Nouveau-Brunswick.

«Par conséquent, nous appelons à nouveau à l’arrêt de toute exploration et production d’huile (pétrole) et de gaz de schiste, jusqu’à ce que les citoyens aient eu l’occasion d’examiner en profondeur tous les éléments qui entourent cette industrie. Une fois ces éléments connus, ils pourront choisir de rejeter explicitement ou de procéder avec cette industrie, après avoir compris l’ensemble de ses conséquences», termine la coalition.

Pour sa part, Julia Linke assure que les manifestations pacifiques vont se poursuivre et que d’autres moyens d’action ne sont pas exclus afin d’amener le gouvernement à changer sa position dans ce dossier.

LA MÉDECIN-HYGIÉNISTE EN CHEF EST PRÉOCCUPÉE

FREDERICTON – La reconnaissance de l’importance de préserver la santé des citoyens aurait dû être une des priorités du Plan directeur pour le pétrole et le gaz naturel, selon la médecin-hygiéniste en chef de la province, la Dre Eilish Cleary.

«De mon point vue, étant donné que la santé n’a pas été spécifiquement identifiée en tant que priorité, cela me préoccupe», a commenté la Dre Cleary.

«Il a aussi été suggéré que plusieurs de mes recommandations ont été prises en sérieuse considération. Je ne peux pas dire que je sois d’accord avec ça», a-t-elle voulu préciser.

En octobre, la Dre Cleary avait rendu public son rapport examinant les aspects de l’exploitation du gaz de schiste liés à la santé.

Son initiative, qui a nécessité près d’un an et demi de recherche, avait été froidement accueillie par le gouvernement conservateur.

La Dre Cleary concluait que la province n’était pas prête pour le développement d’une telle industrie et formulait 30 recommandations afin d’assurer que la santé du grand public est protégée.

Le Plan directeur pour le pétrole et le gaz naturel mentionne le rapport Cleary, mais semble en reporter les recommandations aux calendes grecques.

«Il y a un petit nombre de recommandations qui vont être considérées dans le contexte du plan directeur. Mais parmi les 30 recom­man­dations (que j’ai formulées), je crois qu’il y en a davantage qui ont besoin d’être considérées», a-t-elle regretté.

Lorsqu’on lui a demandé à quoi le grand public était en droit de s’attendre de ses dirigeants lorsqu’ils traitent d’un dossier aussi important que le gaz de schiste, la Dre Cleary a répondu sans détour.

«Je crois que les gens ont le droit de s’attendre à ce que leur santé soit une priorité», a-t-elle dit.

La Dre Cleary a également avoué qu’elle avait senti une certaine pression en ce qui a trait à sa liberté d’exprimer publiquement ses conclusions quant au gaz de schiste.

«Il y a certainement de la pression, mais ce n’est pas inhabituel pour quelqu’un qui a un double rôle. Plusieurs fonctionnaires et médecins-hygiénistes, partout au pays, portent plus d’un chapeau. Parfois, nous devons faire la différence entre notre responsabilité envers la population et notre rôle de conseiller du gouvernement», a-t-elle convenu. Mais il a quand même fallu qu’elle se batte pour ne pas se faire museler.

«J’ai dû réaffirmer mon droit et ma capacité de m’exprimer. Cela fait partie de mon travail», a affirmé la Dre Cleary, qui a avoué avoir dû prendre les moyens nécessaires afin de bien faire comprendre l’indépendance de ses fonctions. – PM

LES PREMIÈRES NATIONS VOIENT DES SIGNES ENCOURAGEANTS

FREDERICTON – L’Assemblée des chefs des Premières Nations du Nouveau-Brunswick dit qu’elle va examiner minutieusement le contenu du Plan directeur pour le pétrole et le gaz naturel dévoilé par le gouvernement provincial.

Cet examen se fera dans la perspective du progrès et de la protection des traités et des droits acquis des nations autochtones, comme l’a indiqué le coprésident micmac de l’assemblée, le chef de la nation Eel Ground, George Ginnish.

«Nous allons accorder à ce document l’attention qu’il mérite. Cependant, les chefs demeurent solidaires de leur position commune, selon laquelle le développement du pétrole et du gaz naturel doit se faire avec les Premières Nations. Ce n’est pas négociable», a-t-il fermement déclaré.

L’Assemblée des chefs des Premières Nations du Nouveau-Brunswick se dit ouverte au développement des ressources naturelles pourvu que la pleine protection de l’environnement soit assurée, que les traités et les droits des peuples autochtones soient respectés et, si ces conditions sont remplies, il faut qu’il y ait une participation significative des Premières Nations dans la gestion du développement de ces ressources et aux retombées économiques qui s’en suivront.

La chef de la nation Madawaska, Joanna Bernard, coprésidente de l’Assemblée des chefs des Premières Nations du Nouveau-Brunswick, s’est dite encouragée par certains signes provenant de Fredericton.

«Nous avons été encouragés de voir le gouvernement du Nouveau-Brunswick mettre l’accent sur le besoin de mesures strictes de protection de l’environnement autant que par le début de la reconnaissance d’un partenariat privilégié qui existe entre la Couronne et les Premières Nations», s’est réjouie Mme Bernard. – PM