Radio-Canada réduira-t-elle la place des francophones hors-Québec sur ses ondes?

MONCTON – L’Alliance des producteurs francophones du Canada réagit de façon mitigée à l’égard des conditions de renouvellement de licence de Radio-Canada. L’organisme craint que les nouvelles mesures se traduisent par un recul important de la production indépendante qui émane des régions francophones du pays, à l’extérieur du Québec.

«Oui, on est content qu’il y ait des obligations de licence, mais on est inquiet parce que cette condition est englobante et nie la spécificité des communautés francophones en situation minoritaire», a déclaré la directrice générale de l’alliance, Natalie McNeil.

Tout en saluant la décision du CRTC de renouveler les licences du radiodiffuseur public pour cinq années et d’imposer des mesures positives pour la francophonie canadienne, Mme McNeil souligne que les producteurs s’inquiètent du fait que maintenant les producteurs indépendants des communautés francophones en situation minoritaire devront partager la faible part de 6 % avec les maisons de productions établies dans les régions du Québec et du Nord.

Dorénavant, Radio-Canada devra dépenser au moins 6 % de son budget en émissions canadiennes produites par des entreprises de production indépendante de l’Atlantique, de l’Ontario, de l’Ouest, du Nord et des régions du Québec (à l’extérieur de Montréal).

L’Alliance des producteurs estime que cela pourrait équivaloir à une perte d’environ 50 % pour les producteurs francophones hors Québec. La productrice de Moncton, Cécile Chevrier (Phare-Est Media) précise que même si cette condition de licence pour le radiodiffuseur public n’existait pas avant, traditionnellement, une part d’environ 6 % leur était déjà consacrée. Les producteurs francophones du pays ne gagnent donc rien avec cette obligation, surtout si Radio-Canada s’en tient au minimum de 6 %.

«C’est inquiétant parce que théoriquement on peut supposer que ce qui était traditionnellement accordé dans l’ensemble de la francophonie canadienne va devoir être partagé avec les régions du Québec et le Nord», a commenté Cécile Chevrier.

Le volume de production indépendante en Acadie déclenché par Radio-Canada, ainsi que par d’autres télédiffuseurs, a connu une baisse importante au cours des dernières années notamment en raison de compressions budgétaires et de l’élimination du Fonds pour l’amélioration de la production locale.

Le producteur Jean-Claude Bellefeuille de Moncton estime qu’il faudra mesurer l’impact dans une année. Satisfait de voir que le CRTC a tenu compte des demandes de l’alliance, reste à savoir comment la répartition des projets se fera. Les régions du Québec comptent près de 17 maisons de production soit sensiblement le même nombre que dans la francophonie canadienne.

«Le CRTC dit à la SRC qu’il devra équilibrer de façon raisonnable à travers les communautés, mais il n’y a pas de mesure spécifique pour les communautés de langues minoritaires officielles sauf en ce qui concerne la CBC pour les anglophones du Québec. C’est là que le bât blesse. Pourquoi considère-t-on les anglophones et pas nous? Pourtant, nous sommes régis sous la même loi», a soulevé Jean-Claude Bellefeuille.

Il ajoute que l’appui financier d’un télédiffuseur est absolument nécessaire pour déclencher un projet, même s’il y a du financement provenant d’autres organismes.

En réponse aux inquiétudes soulevées par l’Alliance des producteurs francophones du Canada, la direction de Radio-Canada a fait savoir par courriel qu’elle tient à rassurer les producteurs francophones hors Québec et qu’elle entend continuer à travailler avec eux. D’autant plus que l’engagement de la SRC envers les régions est inclus dans sa stratégie 2015.