Droits linguistiques: Ambulance NB au banc des accusés

MONCTON – Le commissaire aux langues officielles rappelle à Ambulance Nouveau-Brunswick que la prestation de services paramédicaux ne peut se faire au détriment des droits linguistiques des citoyens de la province.

Michel Carrier, le commissaire aux langues officielles sortant de la province, s’exprime ainsi dans un rapport d’étude au sujet d’Ambulance NB dont l’Acadie Nouvelle a obtenu copie lundi.

Le rapport du commissaire se penche sur quatre plaintes récentes, en plus de répertorier celles qui ont été reçues entre 2007 et 2012. Il émet sept recommandations à la conclusion de ce document d’une quarantaine de pages.

«Il est à noter que le contrat portant sur la gestion des services d’ambulance au Nouveau-Brunswick comporte une clause que SMU NB (une entreprise privée responsable de la gestion d’Ambulance NB) devra s’acquitter de ses obligations tout en se conformant à la Loi sur les langues officielles», insiste M. Carrier dans son rapport.

M. Carrier revient, entre autres, sur le cas de Danny Sonier. Le 19 février, le résidant de Moncton est victime d’une crise sévère d’hypoglycémie en revenant d’une promenade et a perdu connaissance. Sa sœur, Murielle, compose le 911.

Les ambulanciers arrivent quelques moments après les pompiers. Les deux travailleurs paramédicaux ne peuvent cependant pas parler en français, alors que l’état de M. Sonier l’empêche de converser en anglais.

Le 24 février, un cas similaire se produit à Dieppe. Les trois travailleurs paramédicaux qui sont venus en aide à la plaignante n’étaient pas en mesure de s’exprimer en français. Un pompier qui était déjà sur place a dû servir d’interprète.

Ces deux événements se sont produits dans le Grand Moncton. Dans les deux cas, selon une réponse fournie au commissaire par Ambulance NB, des ambulanciers remplissaient un quart de travail vacant, ce qui explique pourquoi il n’y avait aucun employé capable de s’exprimer en français au sein des équipes qui ont répondu aux appels.

Selon le rapport, 49 % des travailleurs paramédicaux sur le terrain sont bilingues, tandis que 48 % sont unilingues anglophones et 3 % unilingues francophones. Néanmoins, pour l’est de la province, 59 % des ambulanciers sont bilingues, quoique pour le sud du Nouveau-Brunswick cette statistique chute à 33 %.

Par contre, ces chiffres sont jugés plus ou moins valables par le commissaire puisque l’évaluation des compétences linguistiques des employés d’Ambulance NB est, à proprement dit, inexistante.

«D’après les renseignements reçus, au lieu de procéder à une évaluation formelle, Ambulance NB demandait à ses employés de s’autoévaluer; ce qui n’est pas une méthode objective. Ainsi, certains employés auraient abusé de ce système en déclarant posséder un niveau de bilinguisme excédant leur compétence réelle», souligne M. Carrier dans son rapport.

Si dans son rapport le commissaire aux langues officielles critique sévèrement ANB, il applaudit également ses efforts.

L’organisme a pris plusieurs mesures pour améliorer son service dans les deux langues officielles. Un remaniement des équipes a, entre autres, été entrepris pour garantir un service bilingue et cet automne un nouveau logiciel de gestion des quarts de travail devrait être implanté pour mieux gérer les ressources linguistiques du service ambulancier.

Au moment de mettre sous presse, Ambulance Nouveau-Brunswick n’était pas en mesure d’émettre des commentaires concernant le rapport du commissaire puisqu’il n’avait pas encore été consulté à l’interne. Le commissaire n’était également pas disponible.