Le Témiscouata redécouvre ses racines acadiennes

NDLR: Voici la dernière de trois parties d’un dossier sur l’identité et la fierté acadienne dans les régions hôtesses du Congrès mondial acadien de 2014. Aujourd’hui: le Témiscouata.

CABANO, Qué. – Plus de 100 ans après sa colonisation, le Témiscouata redécouvre sa place dans l’Acadie, grâce à l’arrivée du Congrès mondial acadien en 2014. Non seulement les liens étroits avec Edmundston et Madawaska reviennent-ils à l’ordre du jour, mais de nombreuses familles se découvrent un passé acadien qu’elles ignoraient.

«La participation du “Témis” au CMA 2014 était incontournable», affirme Renée-Anique Francoeur, coordonnatrice régionale du CMA 2014 pour le Témiscouata.

«C’est un cadeau qui permet de faire découvrir les racines acadiennes des gens. On assiste à un véritable réveil, ajoute-t-elle. Je le vois maintenant qu’il y a un intérêt pour l’Acadie, avec les drapeaux qui flottent et les plaques d’immatriculation.»

Environ 38 % des Témiscouatains sont de descendance acadienne, selon une étude commanditée par le CMA et le Site historique du fort Ingall, à Cabano. Mais l’Acadie a jusqu’ici été presque absente de cette région à cause, entre autres, de la force du nationalisme québécois. De nombreux colons avaient déjà perdu leur identité acadienne au moment de s’y installer, à la fin du XIXe siècle.

«Une partie des Acadiens qui sont venus s’installer ici venaient de Kamouraska, dans le Bas-Saint-Laurent, explique Samuel Moreau, directeur général du fort Ingall. Ils s’y étaient installés après la déportation et ils avaient déjà perdu leur conscience acadienne depuis longtemps.»

La région a tout de même joué un rôle très important lors de la Guerre non sanglante d’Aroostook, un conflit de frontières entre les États-Unis et la Grande-Bretagne qui a participé à façonner l’identité régionale particulière du Madawaska dans les années 1820. C’est à cette époque que le fort Ingall a été construit.

«On fait de gros efforts maintenant pour faire comprendre aux gens que l’identité, ce n’est qu’une question de perception, affirme M. Moreau. Entre un Témiscouatain et un Brayon, la seule différence c’est une frontière.»

Tout comme Mme Francoeur, M. Moreau a remarqué une augmentation de l’intérêt pour l’Acadie dans sa région.

Mme Francoeur se dit honorée que le Témiscouata soit la première région québécoise à accueillir un Congrès mondial acadien, malgré que d’autres communautés affichent plus clairement leur héritage acadien, notamment à Bécancour ou dans la Basse-Côte-Nord.

«Des Acadiens, au Québec, il y en a partout, souligne-t-elle. Si tous ces Acadiens se réveillent, on se retrouvera avec une très grande Acadie. Ce qui est bien avec les congrès, c’est qu’ils permettent de réveiller ce sentiment d’appartenance.»

Près de 1,5 million de Québécois ont un patronyme d’origine acadienne.

LE FORT INGALL, LEGS HISTORIQUE D’UN ACADIEN

CABANO, Qué. – La municipalité de Cabano doit une fière chandelle à un médecin acadien, le Dr Jean-Étienne Landry. Les lettres qu’il a envoyées à sa fiancée ont permis la reconstruction du fort Ingall, le plus important fort britannique construit pendant la Guerre non sanglante d’Aroostook.

Né à Carleton, en Gaspésie, le jeune Landry étudie à La Pocatière, où il fiance Caroline Lelièvre, de Québec. Il décide ensuite de s’enrôler dans l’armée britannique pour apprendre la médecine.

Il sera posté au fort Ingall, aujourd’hui situé à Cabano, dans le Témiscouata. Selon Samuel Moreau, directeur général du site historique, sa correspondance avec sa douce moitié a permis de reconstruire avec précision le fort à partir de 1973.

«Le fort d’origine a été démoli à la fin du XIXe siècle, explique-t-il, et on n’avait pas de plan d’architecture. Mais dans ses lettres, le Dr Landry décrit le fort en détail. C’est un peu comme s’il disait “cher chercheur du futur, voici une description détaillée du fort Ingall”.»

Selon M. Moreau, deux autres forts ont été construits pendant le conflit avec les Américains dans les années 1820, soit le fort du Petit-Sault à Edmundston et le fort Dégelé à Dégelis. Le fort Ingall est toutefois le seul à avoir été entouré d’une palissade. – OR

L’INTÉRÊT POUR L’ACADIE GRANDIT,
MAIS PAS LE SENTIMENT D’APPARTENANCE

CABANO, Qué. – Si le Congrès mondial acadien 2014 fait augmenter l’intérêt pour l’Acadie au Témiscouata, il ne semble pas qu’il soit suffisant pour stimuler l’identité acadienne dans cette région. Quelques conversations avec des résidants de Cabano confirment que l’Acadie demeure un concept à part du Québec pour bien des gens.

Plusieurs personnes, comme Normand Dubé, affirment que le Témiscouata demeurait à part de l’Acadie, même si de nombreux Acadiens y habitent.

«Pour moi, l’Acadie représente le fait français au Nouveau-Brunswick, dit-il. Ici, c’est le Québec. Je pense que ce sont deux choses différentes.»

Pour d’autres, les identités québécoise et acadienne ne s’excluent pas nécessairement.

«Il n’y a pas de différence entre le Québec et les Acadiens du Nouveau-Brunswick. Nous sommes tous des francophones», affirme Marcel Perron, qui compte passer du temps à Edmundston pendant le CMA l’an prochain.

Pour l’instant, les drapeaux acadiens se font encore bien rare à Cabano, ou même à Dégelis, tout juste de l’autre côté de la frontière québécoise. Quelques résidants croient que le tricolore étoilé se fera plus visible dans les semaines et les mois qui précéderont l’ouverture officielle du CMA.

Entre-temps, quelques municipalités ont déjà affiché leurs couleurs. Dégelis a remplacé le drapeau canadien qui flottait devant son édifice municipal par un drapeau de l’Acadie lors de l’annonce de la venue du CMA. Un autre drapeau flotte au parc Clair Soleil de Cabano, sur le bord du lac Témiscouata. – OR