22 mois de prison pour l’avocat Rodney Gillis

BATHURST – Le réputé avocat de Saint-Jean Rodney Gillis a écopé d’une peine de 22 mois de prison pour obstruction à la justice, jeudi.

Celui qui a défendu pendant 42 ans des victimes et des criminels a pris la direction du pénitencier.

Rodney Gillis, un éminent avocat, a reçu sa sentence jeudi matin, à la Cour provinciale de Bathurst, soutenu par plusieurs amis qui se sont pressés au tribunal.

L’avocat âgé de 66 ans a été déclaré coupable fin janvier d’avoir tenté d’influencer des témoins. Les faits remontent à 2009 alors que Rodney Gillis représentait l’ex-député de Népisiguit Frank Branch durant son enquête préliminaire pour fraude, abus de confiance, lorsqu’il dirigeait l’Office de commercialisation des produits forestiers du Nord.

Rodney Gillis avait proposé par écrit un arrangement à Alain Landry, le successeur de M. Branch, afin que des personnes ne témoignent pas contre son client. M. Landry a déposé plainte.

Dans son verdict de 17 pages lu pendant près d’une heure au coupable, le juge Irwin Lampert a conclu que M. Gillis devait assumer les conséquences de son geste et que son statut d’avocat senior ne l’exempterait pas de la prison.

«La conduite de M. Gillis doit être dénoncée fortement et sans ambiguïté. La sentence que j’impose aujourd’hui doit envoyer le message que toute tentative d’entrave à la justice ne sera pas tolérée et va entraîner une peine sévère», a indiqué le juge.

Alors qu’il était passible de 10 ans d’emprisonnement, la Couronne recommandait de 30 à 36 mois derrière les barreaux, tandis que la défense suggérait 12 mois de liberté surveillée.

Le juge a reconnu qu’il s’agit d’une triste affaire pour l’avocat, sa famille et ses pairs.

«Cela a occasionné une perte de réputation et de l’embarras pour M. Gillis, aussi de la tristesse et des maux de tête pour sa famille. En un sens, cette cause a souillé la réputation des avocats et peut-être augmenté le cynisme du public envers eux. Mais je dirais sans réserve que la vaste majorité d’entre eux sont honnêtes et travaillent fort, agissant en tout temps dans le meilleur intérêt de leur client et en accord avec la déontologie du Barreau du Nouveau-Brunswick», a souligné Irwin Lampert.

Alain Landry, qui est au cœur de cette affaire, s’est déclaré satisfait de la peine imposée à Rodney Gillis, tout en démontrant de l’empathie envers lui.

«Ça signifie que la loi s’applique à tout le monde. Je suis content de cet aspect-là. Ça me fait un peu de peine pour M. Gillis et sa famille, mais ça veut dire qu’au Nouveau-Brunswick personne n’est au-dessus des lois», a-t-il déclaré à l’issue de la procédure judiciaire.

M. Gillis a été suspendu du barreau il y a quelques mois, après avoir été reconnu coupable. Jusque-là, il jouissait d’une bonne réputation tant dans sa carrière que pour sa contribution dans la communauté.

«Je suis malade de la manière dont la justice est rendue au Nouveau-Brunswick. Je ne peux pas croire que cet homme qui a eu une carrière impeccable pendant plus de 40 ans ait eu 22 mois de prison. Tout le monde est dévasté, incluant Ron (Gillis). Nous nous sommes tous regardé les larmes aux yeux», a confié Lyn MacKay, une amie de longue date.

Dès le prononcé de la condamnation, les avocats de Rodney Gillis se préparaient à porter la cause en appel.