Une Américaine renoue avec ses racines acadiennes

PAQUETVILLE – Demain, Lynne Therio participera à son premier tintamarre à Caraquet. Il y a pourtant quelques années, cette Américaine de Cornelia, dans l’État de la Géorgie, aux États-Unis, ignorait tout sur cette grande célébration et sur ses racines acadiennes.

Son récit est pourtant lié intimement à l’histoire de l’Acadie. Née en 1944 au Wisconsin, Lynne Therio a découvert avec grande joie ses racines acadiennes seulement à la suite du décès de son père, en 1997. En faisant le tri des affaires du défunt, elle trouve dans son bureau des lettres écrites en français par son arrière-grand-mère provenant de Paquetville, dans la Péninsule acadienne. Cette trouvaille est pour elle une révélation très importante, car les lettres contenaient beaucoup d’information sur sa famille.

«Je suis née au Wisconsin, mon père aussi. Mon grand-père, je savais qu’il venait du Canada. Il a traversé la frontière, j’ignore s’il l’a fait légalement ou non, mais c’est à ce moment qu’il a changé son nom pour James Therio. Je ne l’ai jamais connu, car il est décédé avant ma naissance, ma grand-mère aussi», raconte cette femme de 68 ans.

«J’ai toujours posé des questions sur ma famille, mais mon père avait très peu de réponses. Il m’a tout dit ce qu’il savait, mais ce n’était pas beaucoup parce que son propre père n’en parlait jamais. Je savais qu’il manquait quelque chose et que j’avais une grande famille quelque part. Je sais que mon grand-père était forgeron et je ne sais pas comment il a fait pour aboutir au Wisconsin, mais il n’est jamais retourné à Paquetville. Les gens d’ici le croyaient mort.»

Contente d’en avoir appris plus sur son héritage, elle attend plus d’une décennie avant de visiter la Péninsule acadienne en 2011 pour mettre sa main sur plus de renseignements. À la suite d’un voyage à Terre-Neuve, elle et son mari Julian décident de faire un détour par la Péninsule acadienne. Une aventure qui se termine au bureau municipal de Paquetville où elle rencontre la directrice générale de l’époque, Murielle Gallien.

Après quelques appels, Lynne Therio et son conjoint sont envoyés chez Mériza et Gérald Thériault.

«Mon mari me poussait, parce que ça me prenait beaucoup de courage pour cogner à la porte. Mériza a répondu, elle m’a regardée et elle m’a dit que j’avais la figure d’une Thériault et que je ressemblais à sa nièce. Après, Gérald est venu à la porte. Il n’a rien dit. Il m’a regardée et nous savions que nous appartenions à la même famille.»

Elle apprend enfin la véritable identité de son grand-père, Jacques Thériault, né en 1871. Il comptait un total de 23 frères et sœurs. Gérald Thériault est le cousin du père de Mme Therio.

Depuis cette réunion longuement attendue avec sa famille, Lynne Therio vit l’euphorie. En deux ans, elle a visité Paquetville à six reprises. Quand elle n’est pas dans la région, elle contacte régulièrement sa «nouvelle» famille. Elle tente même d’apprendre le français.

«Je me sens chez moi. J’ai l’impression d’avoir rempli un vide qui se trouvait à l’intérieur de moi. Ma vie a complètement changé.»

Le prochain Congrès mondial acadien aura lieu en 2014 au Maine, dans le Madawaska et au Québec. Lynne Therio et son mari entendent y participer avec enthousiasme. Quand on lui demande, comment elle s’identifie, elle n’hésite pas à répondre: «Je me sens 200 % Aca­dienne!»