À quand remonte le premier tintamarre?

GRAND-SAULT – Le tintamarre est une tradition bien ancrée dans les festivités du 15 août, mais son histoire est relativement courte. Plus courte même que la mémoire des personnes âgées et pas si âgées.

Deux villes peuvent revendiquer le premier tintamarre de l’histoire: Moncton et Caraquet. Moncton a l’honneur d’avoir organisé le tout premier rassemblement bruyant ayant l’étiquette de «tintamarre», en 1955, mais le caractère religieux de l’événement le place à part de ceux qui ont suivi le tintamarre de Caraquet de 1979.

«En 1955, c’était surtout une manifestation religieuse, souligne l’historien Maurice Basque en entrevue. Mgr Norbert Robichaud avait émis une feuille d’instructions demandant aux gens de faire du bruit dans le cadre du 200e anniversaire de la déportation, pour montrer que les Acadiens sont encore là.»

Ces instructions, citées en partie dans l’Encyclopédie du patrimoine culturel de l’Amérique française, indiquent qu’«une fois la prière terminée, on fera pendant plusieurs minutes, un joyeux tintamarre de tout ce qui peut crier, sonner, et faire du bruit: sifflets de moulin, claxons [sic] d’automobile, clochettes de bicyclettes, criards, jouets, etc.»

Vingt-quatre années plus tard, Caraquet organisait le deuxième tintamarre de l’histoire dans un tout autre contexte. L’Acadie célébrait alors son 375e anniversaire, et la SANB invitait tous les Acadiens à participer à un tintamarre festif et cette fois, laïc.

Depuis, le tintamarre s’est répandu dans de nombreuses autres municipalités, d’abord dans le Nord-Est et ensuite un peu partout en Acadie. Il prend parfois la forme du carnaval de rue, comme ceux de Caraquet et à plus petite échelle, de Madawaska, au Maine. Mais les défilés de voitures sont également populaires.

«À Caraquet, c’est très carnavalesque, affirme M. Basque. C’est le plus gros parce que c’est le premier, c’est vraiment leur événement.»

Depuis 2006, un tintamarre est organisé à Saint-Aubin-sur-Mer, en France, pendant la Semaine acadienne. Cette fête est organisée afin de commémorer la libération de cette commune par le régiment canadien North Shore, dont faisaient partie de nombreux Acadiens, lors de la Seconde Guerre mondiale. Une autre commune française, Archigny, souligne par un tintamarre le fait que plusieurs Acadiens y ont trouvé refuge après la déportation.

La tenue du Congrès mondial acadien dans diverses régions a aussi facilité la diffusion du tintamarre, l’exemple le plus récent étant l’Acadie des terres et forêts. Si Madawaska et Edmundston organisent des tintamarres depuis de nombreuses années, Grand-Sault a emboîté le pas seulement l’an dernier. Plusieurs municipalités du Témis­couata ont également organisé des tintamarres depuis trois ans. – OR

UNE FORME MODERNE DE CHARIVARI?

GRAND-SAULT – De nombreux journalistes, historiens et autres commentateurs de l’Acadie ont voulu voir dans le tintamarre un événement qui découle de la tradition très ancienne du charivari. Rien n’est moins sûr. «Le charivari est une très vieille tradition. Les gens sortaient dans la rue en faisant du bruit avec leurs casseroles, mais c’était généralement pour sanctionner un comportement jugé immoral. Comme un veuf qui se remarie trop tôt, par exemple», explique l’historien Maurice Basque. Il souligne toutefois le caractère participatif du tintamarre, qui place le 15 août à part des autres fêtes nationales. «C’est une fête qui vient de la base, ce n’est pas quelque chose qui est imposé par le haut comme la fête du Canada ou la fête du Nouveau-Brunswick, affirme-t-il. C’est pourquoi le 15 août est bien plus festif, il n’y a aucune commune mesure.» – OR