Jason Kenney justifie son commentaire sur le «patrimoine francophone royal»

GRAND-SAULT – Le ministre fédéral Jason Kenney a tenté d’expliquer son commentaire comme quoi l’Acadie ferait partie du «patrimoine francophone royal du Canada» en s’appuyant sur un discours prononcé en 1881. Foutaise, disent les critiques.

M. Kenney, qui était jusqu’à récemment ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration et qui demeure responsable du multiculturalisme au sein du gouvernement fédéral, essuie de nombreuses critiques depuis jeudi. Dans le cadre des festivités du 15 août, il a déclaré que la Fête nationale des Acadiens a été créée pour reconnaître «la continuité culturelle du peuple acadien dans le patrimoine francophone royal du Canada».

Samedi, M. Kenney s’est expliqué en citant un discours de l’abbé Marcel-François Richard prononcé en 1881 pendant la première Convention nationale acadienne. Le père Richard voulait que la fête de l’Assomption soit choisie comme fête nationale plutôt que la Saint-Jean-Baptiste, adoptée par les Canadiens français.

«Le père Richard a constaté que l’Assomption devait être la fête des Acadiens, parce que c’était «la fête nationale du royaume français»», affirme M. Kenney sur son compte Twitter.

«C’est la première fois que j’entends quelqu’un dire qu’il y a un patrimoine francophone royal, réplique Michel Doucet, avocat spécialisé en droits linguistiques et commentateur fréquent de l’actualité.

«À ma connaissance, aucun symbole de l’Acadie moderne ne se réfère à la monarchie. C’est une explication qu’ils ont trouvée après avoir dit le commentaire», ajoute-t-il.

Un extrait du discours de l’abbé Richard est disponible sur cyberacadie.com. Bien qu’il affirma que «Louis XIII (…) voulut que la fête de l’Assomption fût la fête nationale du royaume», il ne proposait pas l’adoption du 15 août comme Fête nationale des Acadiens par allégeance au roi. Son discours soulignait surtout la différence avec les Canadiens français.

«Il est bon de remarquer que nous ne sommes pas les descendants des Canadiens, mais de la France, et par conséquent je ne vois aucune raison qui nous engage à nous faire adopter la Saint-Jean-Baptiste comme notre fête nationale», disait l’abbé Richard en 1881.

Selon M. Doucet, le Parti conservateur a une obsession avec la monarchie, mais seulement la monarchie britannique. Il serait donc maladroit d’associer l’Acadie à la royauté, puisque c’est le monarque britannique qui a ordonné la déportation des Acadiens en 1755. L’Angleterre ne s’est jamais excusée pour cette décision.

Plusieurs ont exigé du ministre qu’il s’excuse pour ce faux pas, dont le député fédéral Yvon Godin, dans l’Acadie Nouvelle de samedi. Sur les ondes de RDI dimanche, M. Kenney a affirmé qu’il n’avait aucune raison d’obtempérer. Il a blâmé une mauvaise traduction de son communiqué, lequel semble plutôt faire référence au patrimoine royal des Français.