Le fils d’un pédiatre de Bathurst toujours incarcéré au Caire

BATHURST – Le pédiatre de Bathurst, Mahmoud Loubani, qualifie de cauchemar les jours qui passent depuis que son fils Tarek a été arrêté en Égypte.

C’est un homme accablé que l’Acadie Nouvelle a rencontré à son cabinet, au deuxième étage du centre commercial Place Bathurst, mardi.

Il tente quand même de ne rien laisser paraître devant ses petits patients puisqu’il continue d’honorer ses rendez-vous médicaux, malgré le poids qui pèse sur ses épaules.

«Nous luttons pour que Tarek revienne sain et sauf le plus rapidement possible, avec son ami John. C’est un cauchemar pour moi, mon épouse et mes enfants», a déclaré le Dr Mahmoud Loubani.

Depuis que Tarek, un de leurs quatre enfants, a été arrêté par la police du Caire, en Égypte, il y a cinq jours et placé dans une prison à sécurité maximale, la même que celle où est détenu l’ancien président Hosni Moubarak, les nuits des parents, deux pédiatres à Bathurst, sont courtes.

«Nous n’avons eu aucun contact avec lui depuis qu’il est en prison. Les Affaires étrangères canadiennes nous ont dit que des représentants de l’ambassade les voyaient chaque jour. Nous leur avons demandé si c’est possible de nous mettre en contact par téléphone avec Tarek, ne serait-ce que pour lui parler une ou deux minutes pour entendre sa voix et qu’il entende la nôtre. Ils ont dit qu’ils allaient essayer, mais ne sont pas sûrs que les autorités égyptiennes permettent cela», a indiqué le Dr Mahmoud Loubani.

Tarek Loubani, urgentologue et professeur adjoint, à London, Ontario, a été appréhendé en compagnie de John Greyson, un cinéaste et professeur universitaire.

En fait, ils n’étaient qu’en transit au Caire, voulant rejoindre Gaza, en Palestine, dans le cadre d’un projet humanitaire. Le jeune médecin se rendait à Gaza pour former des médecins urgentologues, tandis que John Greyson voulait y tourner un documentaire.

«Tarek est un membre de l’Université Western en Ontario et est impliqué dans un projet depuis février pour améliorer les installations des urgences dans des pays en voie de développement. Il a commencé par Gaza et a d’autres projets en Amérique. Il a voulu faire un suivi sur la situation. Il a mis le cap sur l’Égypte, le 15 août. La seule manière d’atteindre Gaza est de s’envoler pour Le Caire et de passer la frontière à Rafah en voiture. Le lendemain, ils devaient partir pour Gaza, mais la frontière était fermée, donc ils ont été obligés de rester où ils étaient à l’hôtel», a relaté le Dr Mahmoud Loubani.

Égarés non loin de leur hôtel, dans la capitale égyptienne, ils ont été mis sous arrestation en demandant simplement leur direction à un policier pour y retourner.

La famille ignorait encore, ce mardi, en vertu de quoi ils sont détenus puisqu’aucune accusation n’a été portée contre eux. Dans un communiqué envoyé aux médias égyptiens, un procureur de district du Caire a fait savoir que neuf étrangers, dont les deux Canadiens, seraient détenus alors qu’une enquête sur une large liste d’allégations est en cours.

«Tarek n’a rien fait. Il n’a aucune affiliation avec un parti quelconque en Égypte. Il est en mission humanitaire et Le Caire était juste un point de passage. Tarek consacre sa vie à aider les plus démunis, pas seulement outre-mer, mais aussi au Canada en aidant les sans-abris et les réfugiés. Il a été pris au milieu d’une crise. Il était à la mauvaise place, au mauvais moment. Si les Égyptiens reprennent leur sens, ils doivent libérer Tarek et le professeur Greyson», défend le père.

Des heurts sanglants secouent le pays depuis de nombreux jours, alors que les forces de l’ordre et les partisans du président déchu s’affrontent.

Le Dr Tarek Loubani, âgé de 32 ans, est né au Koweït où travaillait son père. Il a déménagé à Bathurst à 9 ans. Il est un finissant de la Bathurst High School. Il a ensuite étudié la psychologie à Halifax et la médecine en Ontario. Il est célibataire et sans enfant.

Les appuis se multiplient pour la libération des deux Canadiens

BATHURST – La famille du Dr Tarek Loubani puise du réconfort dans les messages et gestes de solidarité qui affluent vers elle.
«Nous voulons remercier tous les Canadiens, et en particulier les gens de la région Chaleur et de la Péninsule acadienne pour l’immense soutien envers nous et notre fils. Beaucoup appellent, envoient des lettres, des messages Facebook, par Twitter, aux autorités canadiennes et à l’ambassade d’Égypte pour la libération de Tarek et de John. Nous espérons qu’aucun d’entre eux ne sera dans la même situation que nous», a dit le père, Mahmoud Loubani, pédiatre à Bathurst. Un groupe Facebook leur étant dédié a même été créé. Mardi, l’organisation Canadiens pour la justice et la paix au Moyen-Orient (CJPMO) a lancé un vif appel demandant que Tarek Loubani et John Greyson soient relâchés de prison immédiatement. CJPMO fait remarquer qu’aucune accusation contre les deux citoyens canadiens n’a été communiquée et aucune n’est à tout le moins plausible. «Dans ces circonstances, nous exhortons le gouvernement canadien à faire tout son possible pour faire pression directement sur les autorités égyptiennes pour la libération immédiate et inconditionnelle de Tarek Loubani et John Greyson », a déclaré Thomas Woodley, le président de CJPMO. L’Université Western, en Ontario, où est affilié le médecin a vanté les mérites du jeune homme, lundi, par voie de communiqué. «Le Dr Loubani est un membre très estimé de notre faculté médicale. Il a une longue histoire d’engagement dans le bénévolat pour les traitements médicaux et la formation médicale à l’étranger (…). L’Université Western continue de surveiller la situation auprès de diverses sources et espère qu’il y aura un dénouement positif dès que possible.» – BS