Les ours sont de plus en plus nombreux au Nouveau-Brunswick

BERTRAND – Les populations d’ours étant en hausse ces 10 dernières années dans la province, il est de moins en moins rare de croiser le plantigrade et pas seulement au fond des bois.

«C’est vrai qu’il y a pas mal d’ours, c’est certain. Je suis souvent dans les bois et tu peux voir pas mal de traces», assure Claude Landry, un résidant du village de Bertrand. Les habitués de la piste cyclable dans ce coin de la Péninsule acadienne ne diront pas le contraire. Ces dernières semaines trouver sur le chemin des déjections d’ours n’est pas exceptionnel.

«C’est normal de les voir plus en septembre. Les ours se préparent pour l’hiver et ils font des réserves. Ils emmagasinent le plus de nourriture, car en hiver ils peuvent perdre de 20 à 30 livres pendant les trois à quatre mois d’hibernation», relativise Louis Ferguson, biologiste régional au ministère des Ressources naturelles.

Pour autant le nombre de signalements transmis aux bureaux du ministère n’a pas explosé, ils sont même en baisse pour septembre avec 10 plaintes (15 en 2013) au bureau de Bathurst et 8 (18 en 2012) au bureau de Tracadie-Sheila, précise le biologiste.

Dans les dernières années, les populations d’ours noirs sont tout de même en hausse et d’une façon assez marquée.

«Entre 2002 et 2012, il y a eu une augmentation, reconnaît Louis Ferguson, de 12 000 ours en 2002 nous en sommes 10 ans plus tard à 17 000 ours. Il ne faut pas oublier que 90 % du Nouveau-Brunswick est un habitat soutenable pour les ours.»

Cet habitat se restreint d’année en année avec l’urbanisation. Les villes et les villages grandissent vers les milieux ruraux où vivent les ours. Du coup «les deux espèces (l’homme et l’ours) vont se croiser», prévient le biologiste. D’autant plus que «plus de personnes font des activités à l’extérieur, plus de monde fréquente les sentiers», poursuit-il.

«Moi, je n’ai rien contre les ours, c’est nous qui empiétons sur leur territoire. Du côté de Saint-Léolin, ils ont bûché 500 acres, l’habitat de l’ours se restreint, alors il se rapproche des maisons», n’oublie pas Claude Landry.

Lui-même dit avoir rencontré trois ours, «il y a un couple de semaines, ils étaient à 30-35 pieds et la seule chose qu’ils voulaient, c’était de partir de là».

Une rencontre qui illustre bien que la cohabitation homme-ours ne pose pas encore de gros problèmes.

«Les attaques d’ours ne sont vraiment pas fréquentes. Quand les gens appellent, c’est surtout pour dire qu’un ours est venu fouiller dans la poubelle», dit Louis Fergusson, qui rappelle néanmoins que des exceptions existent.

L’augmentation du nombre d’ours dans la province n’est pas franchement freinée par la chasse.

«Dans les 10 dernières années, il y a environ 5000 permis de chasse à l’ours qui ont été délivrés chaque année, mais le taux de succès est en baisse. En 2003, 2000 ours avaient été abattus par les chasseurs résidants et non résidants, en 2012 ils en avaient abattu 1900», détaille le biologiste régional en citant l’exemple de la Péninsule acadienne où l’an dernier seulement trois ours ont été abattus. La chasse à l’ours est d’ailleurs ouverte depuis le 1er octobre dans la province et sera fermée le 2 novembre avec une limite d’un ours mâle ou femelle par chasseur et par année.

 

… MAIS LES INCIDENTS RESTENT RARES

BERTRAND – «Il ne faut pas paniquer avec ça, ni faire paniquer le monde», assure Claude Landry, qui ne s’inquiète pas vraiment de la multiplication des ours dans la Péninsule et ailleurs au Nouveau-Brunswick.

Sa femme, elle, un petit peu plus.

«Elle allait marchait à certaines places, mais elle n’y va plus, pourtant, comme je lui disais, as-tu déjà entendu parler de quelqu’un qui s’était fait pogner par un ours», tente-t-il de la rassurer.

Ce qui est vrai dans la Péninsule ne l’est pas toujours ailleurs. À la fin du mois dernier, un ours sauvage s’est introduit dans le zoo de Magnetic Hill à Moncton et s’est attaqué à un cerf avant d’être abattu. En août, c’est un ouvrier forestier qui a eu la peur de sa vie dans le secteur du lac Oromocto au sud de Fredericton. Il a été chargé par un ours et a dû grimper à un arbre pour lui échapper, mais il a tout de même été blessé à la cheville.

«Mieux vaut ne pas monter dans un arbre, l’ours peut le faire aussi», prévient Louis Ferguson, biologiste régional au ministère des Ressources naturelles.

Contrairement à une idée reçue, si un ours vous attaque «il ne faut pas faire le mort, car votre survie dépend de votre combat contre lui», poursuit-il. «Il ne faut pas se jeter à terre et se mettre en position foetale, comme on nous l’a appris quand nous étions jeunes.»

Faut-il alors courir?

«Si tu pars à courir, il va courir après toi», répond le biologiste. Si on ne peut pas se mettre à l’abri et dans le cas exceptionnel d’un face à face avec un ours agressif, il conseille de se saisir de n’importe quel objet à portée de main pour frapper les yeux et le nez de l’animal.

Se munir d’un répulsif est aussi une bonne idée pour ceux qui passent beaucoup de temps dans les bois.