Le mont Carleton fermé en pleine saison automnale

SAINT-QUENTIN – Plusieurs amateurs de plein air qui pensaient escalader l’une des montagnes du Parc provincial du mont Carleton ont dû se raviser après s’être heurtés à une barrière fermée à l’entrée.

L’automne est incontestablement la saison de prédilection pour effectuer une randonnée dans l’un des nombreux sentiers du Parc provincial du mont Carleton. Mais une politique gouvernementale annoncée le printemps dernier fait en sorte que les amateurs de plein air ont beaucoup plus de difficultés à profiter des paysages automnaux hauts en couleur qui font la renommée de ce joyau du Restigouche-Ouest.

Cette mesure, qui touche l’ensemble des parcs provinciaux, fait en sorte qu’ils ont été contraints de fermer leurs portes quelques semaines plus tôt qu’à l’habitude, histoire de réaliser des économies.

Denis Durepos, résidant de Dalhousie Junction, l’a appris bien malgré lui. Grand amateur de randonnée pédestre en montagne, il s’est buté à une barrière close samedi dernier lorsqu’il s’est rendu au Parc provincial du mont Carleton.

Pour accéder au parc, les amateurs doivent laisser leurs véhicules à l’entrée principale et poursuivre à vélo ou à pied.

«C’est ce que j’ai fait. Je suis parti à pied en direction du mont Bailey, situé à environ trois kilomètres de l’entrée. C’est la montagne la plus proche. Pour les monts Carleton et Sagamook, on parle d’une marche d’environ huit kilomètres et plus, simplement pour s’y rendre. C’est trop loin à pied», explique-t-il.

Sur place, il n’était pas le seul à faire ce constat.

«J’ai vu des visiteurs d’un peu partout en province. J’en ai même rencontré qui étaient venus d’aussi loin que de Fredericton pour profiter du parc. Mais quand ils ont vu que c’était fermé, ils sont repartis», raconte-t-il.

M. Durepos avoue être déçu.

«Ce qui me fâche, c’est qu’on décide de fermer l’accès au parc alors qu’on est en plein dans la saison où les couleurs sont les plus belles», indique-t-il.

«Je ne blâme pas les responsables du parc de ne pas laisser la barrière fermée s’il n’y a aucune surveillance du chalet et des autres infrastructures. Les risques de vandalisme sont trop grands. Mais fermer le parc si tôt dans la saison, ça n’a pas de sens», dit-il.

Selon lui, la province est perdante sur toute la ligne en diminuant de la sorte son offre touristique.

«On a des sentiers formidables ici et un paysage d’automne à couper le souffle. Le produit touristique est bon, mais le message que l’on envoie, c’est de plutôt aller escalader les montagnes dans le parc de la Gaspésie. C’est désolant. Au lieu de développer notre parc, on ferme les barrières et on vire les touristes de bord. C’est également contradictoire d’entendre le gouvernement dire, d’une part, qu’il faut que la population soit plus active pour être plus en santé, et de l’autre, de le voir fermer ses parcs plus tôt. Ça ne colle pas», exprime-t-il.

Au ministère du Tourisme, du Patrimoine et de la Culture, ministère responsable des parcs provinciaux, on confirme que le parc du mont Carleton a officiellement fermé ses portes plus tôt cette année, soit le 2 septembre.

«Le parc a toutefois été ouvert tous les jours de 8 h à 20 h jusqu’au 29 septembre parce qu’il y avait une demande pour y accéder l’automne», souligne Jane Matthews-Clark, responsable des communications.

Celle-ci avoue toutefois que son département a reçu des plaintes de touristes et d’usagers mécontents de la situation.

Le budget de fonctionnement du parc du mont Carleton a été de 746 100 $ pour l’année financière 2012-2013 et ses revenus étaient de 113 000 $. Selon le ministère, le fait que le parc soit en zone éloignée et isolée explique en partie son budget relativement élevé.

LES SEMAINES LES PLUS FRÉQUENTÉES

SAINT-QUENTIN – Susan Mulherin est responsable de l’organisme les Amis du parc du mont Carleton. Elle est déçue de la fermeture précoce du parc. Si elle dit comprendre les défis budgétaires du gouvernement, elle met par contre en doute le choix de ce dernier de fermer dans un moment aussi fréquenté.

«Traditionnellement, les deux premières semaines d’octobre – fraîches, sans mouches et avec un feuillage haut en couleur – sont les plus fréquentées de la saison pour la randonnée dans le parc. En fait, au cours des quatre dernières années, on avait même beaucoup de mal à trouver une place dans le stationnement du mont Carleton le weekend de l’Action de grâce», relate-t-elle.

Elle ajoute que son organisme est bombardé depuis quelques jours de courriels de campeurs et randonneurs mécontents qui ont conduit sur de longues distances – dans certains cas jusqu’à 1000 km – pour se rendre au parc et qui ont dû faire face à une porte fermée.

«Je crois qu’il y a eu un manque d’efforts évidents de la part du ministère pour informer le public des dates d’ouverture et de fermeture du parc», croit-elle, y allant au passage de sa suggestion au ministère du Tourisme.

«S’ils ont besoin de raccourcir la saison d’exploitation du parc l’année prochaine, qu’ils le fassent en mai lorsque la fréquentation est moindre.» – AN

MÉCONTENTEMENT À SAINT-QUENTIN

SAINT-QUENTIN – À la Chambre de commerce de Saint-Quentin, on est également passablement irrités par la décision du ministère d’écourter la saison touristique à l’intérieur du parc restigouchois, d’autant plus que cette décision a été prise sans consultation préalable avec les intervenants locaux. «Le ministère ne nous parle pas. Et les rares fois qu’il le fait, c’est pour nous présenter des plans déjà tout mâchouillés. On n’a aucune considération de sa part, tout se fait en cachette. C’est très frustrant», rage Marc Beaulieu, président de l’organisme.

Il estime qu’une plus grande collaboration du ministère est primordiale pour développer le plein potentiel touristique de la région. «Fermer plus tôt où réduire le budget de fonctionnement du parc, comment est-ce que ça peut aider le développement du tourisme, au développement de notre économie?», questionne-t-il.

«Je ne sais pas ce qui se passe avec le ministère du Tourisme, mais nous, à la Chambre de commerce – et même à la municipalité – on suit la situation de très près, car ça commence à être problématique. On se pose des questions sur la volonté du ministère de développer le tourisme dans notre région. On devrait être assis à la table avec le ministère lorsqu’il est question du parc, sur la façon de le gérer, de le développer ou même de faire des économies. On est des gens d’affaires après tout, on sait comment faire marcher une business», souligne M. Beaulieu. – JFB