Gaz de schiste: un référendum est très peu probable au Nouveau-Brunswick

MONCTON – Les référendums provinciaux ne poussent pas sur les arbres au Nouveau-Brunswick. Certaines personnes aimeraient néanmoins que le gouvernement sorte cet outil de consultation populaire des boules à mites afin de mettre fin au débat sur le gaz de schiste. L’Acadie Nouvelle en a discuté avec le politologue Tom Bateman.

En jetant un coup d’oeil aux annales, on constate qu’il n’y a eu que deux référendums provinciaux au cours de l’histoire politique récente au Nouveau-Brunswick. Le premier, en 1967, portait sur l’âge minimum requis pour voter. Le deuxième, en 2001, portait sur la loterie vidéo.

Depuis plus de deux ans, des voix se font entendre dans la province pour demander la tenue d’un tel plébiscite sur la question du gaz de schiste, question de donner la parole à la population.

Rien ne laisse présager pour l’instant qu’un référendum est dans les cartes, puisque le premier ministre, David Alward, rejette l’idée, d’autant plus que le gouvernement est le seul à pouvoir entamer le processus menant à l’organisation

d’un tel vote.

En jetant un coup d’oeil à son dernier programme électoral, on voit d’ailleurs qu’il dit vrai, du moins si l’on s’entend qu’un parti porté au pouvoir reçoit le mandat de mettre en oeuvre les mesures proposées dans son programme électoral.

«Un nouveau gouvernement progressiste-conservateur de David Alward appuiera l’expansion responsable du secteur du gaz naturel tout en s’assurant de la sécurité des propriétaires fonciers et de notre approvisionnement en eau», peut-on lire dans le programme du Parti progressiste-conservateur présenté lors de la campagne de 2010.

On peut tout de même se demander pourquoi les référendums sont si rares au Nouveau-Brunswick. «C’est une question qui se pose au Canada en général», répond le politologue Tom Bateman, de l’Université St. Thomas, à Fredericton.

«Nous n’organisons pas de référendums très souvent. Il y a relativement peu de démocraties où les référendums sont communs. La Suisse est un pays où des consultations sont organisées régulièrement. Ce processus est demandant pour les citoyens et les oblige à se tenir au courant sur les questions afin de pouvoir voter en pleine connaissance de cause», poursuit-il.

Selon Tom Bateman, c’est la nature même de ce processus démocratique qui le rend peu attrayant aux yeux de bon nombre de gouvernements.

«Un référendum cherche habituellement à poser une question fermée: êtes-vous pour ou contre une mesure. Bon nombre de politiques publiques peuvent être abordées de plusieurs façons. Le référendum est donc un instrument qui peut s’avérer brut et pas très sensible.»

C’est ce qui explique en grande partie pourquoi les élus néo-brunswickois préfèrent nettement débattre des politiques publiques à l’Assemblée législative, croit-il.

«Lors d’un débat en Chambre, il est possible d’apporter des amendements, les gens peuvent aller et venir un peu, apporter des ajustements et obtenir les votes nécessaires en Chambre afin de le faire adopter. Cette fluidité n’est pas possible lors d’un référendum», affirme Tom Bateman.

UN TYPE DE CONSULTATION «INJUSTE» POUR LES MINORITÉS

CAMPBELLTON – Le développement de l’industrie gazière dans la province est l’un des dossiers qui peuvent être abordés de plusieurs manières, dit-il. On constate d’ailleurs que les partis politiques provinciaux ont tous des positions différentes dans le dossier du gaz de schiste.

Le Parti progressiste-conservateur ne cache pas qu’il est en faveur, alors que le Parti libéral propose l’imposition d’un moratoire en attendant d’avoir des certitudes en matière de santé, de protection de l’environnement et de bénéfices économiques pour le gouvernement.

Le Parti vert demande un vote libre sur la suspension des permis et milite en faveur d’une interdiction complète, le Nouveau Parti démocratique est en faveur d’une interdiction législative, tandis que l’Alliance des gens du N.-B. souhaite la tenue d’un référendum.

«Dans le dossier du gaz de schiste, il y a des gens qui sont absolument contre, d’autres qui sont absolument en faveur. Mais il y a aussi beaucoup de gens qui disent “je ne sais pas, peut-être que c’est une bonne idée, mais nous devrions faire très attention.” Il y a des gens qui disent “je n’aime pas vraiment ça, mais peut-être que je changerai d’idée si certaines choses sont protégées.” Il y a diverses nuances, les réponses ne se limitent pas à oui et non», dit Tom Bateman.

C’est sans parler des communautés minoritaires, qui sont habituellement peu enclines à appuyer la prise de décision par l’entremise de référendums, dit-il. Dans le cas du gaz de schiste, l’une des minorités à inclure dans l’équation est celle formée par les communautés autochtones de la province.

«Le référendum est un exercice majoritaire. La majorité règne, au final. Ce type de processus met les minorités mal à l’aise. Les peuples autochtones de cette province forment une minorité. Ils semblent être clairement contre le développement de l’industrie du gaz de schiste, du moins à l’heure actuelle», dit Tom Bateman.

Selon lui, il y a fort à parier que les communautés autochtones de la province s’opposeraient à l’organisation d’un référendum pour décider si le gaz naturel va rester ou non dans le sol néo-brunswickois.

«Si l’on (le gouvernement) décidait d’organiser un référendum pour en arriver à une décision, les peuples autochtones diraient “ce n’est pas pas juste, parce que nos droits de peuples autochtones ne sont pas assujettis à un mécanisme de décision basé sur les désirs de la majorité.” Ils diraient que c’est injuste de trancher ainsi.» – PRN