Succession: un sujet tabou chez les entrepreneurs

CAMPBELLTON – Aucun entrepreneur n’aime envisager de devoir un jour se départir de l’entreprise dans laquelle il a investi tant d’efforts et d’argent. Mais en réalité, mieux vaut y songer plus tôt que tard.

Selon le Conseil économique du Nouveau-Brunswick (CÉNB), la problématique de la succession d’entreprises est palpable dans l’ensemble de la province.

«En fait, ce n’est pas unique au Nouveau-Brunswick, on le ressent partout au Canada», explique Anne Hébert, directrice générale de l’organisme.

«Ici, ça touche beaucoup les régions rurales, et particulièrement les régions francophones. Au cours des dernières années, ça s’est accentué en raison, notamment, des mouvements de masse vers les centres plus urbains», indique-t-elle, ajoutant que selon les sondages, en moyenne environ 80 % des entreprises n’auraient pas de plan de relève.

Dans le passé, les entreprises étaient souvent transférées aux enfants, ce qui serait de plus en plus rare aujourd’hui, selon Mme Hébert. Pourquoi? Souvent par simple manque d’intérêt de la part de la relève, surtout celle en milieu familial.

«Les jeunes sont beaucoup moins gênés qu’à une certaine époque de le dire à leurs parents et de se choisir une autre carrière», souligne la directrice.

Curieusement, cette problématique n’a jamais transparu dans le sondage annuel effectué par le CÉNB auprès de ses membres afin de déceler leurs principales préoccupations.

«C’est drôle que ça n’y figure pas, car on sait que c’est une source d’inquiétudes bien présente et qui cause beaucoup de maux de tête à plusieurs de nos membres. Ce que l’on en déduit, c’est qu’il s’agit d’un sujet que les entrepreneurs préfèrent tout simplement ne pas aborder», mentionne Mme Hébert.

Mais pour elle, il est au contraire urgent que les entrepreneurs fassent leur devoir, qu’ils planifient leur succession.

«Dans la vie de tous les jours, personne n’aime parler de testament ou magasiner des forfaits funéraires. Ces choses ne sont pas plaisantes, mais il faut que ça se fasse», dit-elle.

Par l’entremise de sessions d’information et de conférences données aux entrepreneurs, le CÉNB a tenté par le passé de s’attaquer à cette problématique. Toutefois, cela n’a pas connu le succès escompté.

«En fait, personne n’aime penser qu’il y aura une fin, alors on a tendance à toujours remettre cela à plus tard, jusqu’au jour où il est justement trop tard», admet Mme Hébert.

Idéalement, les entrepreneurs devraient, selon elle, commencer à songer à leur succession une bonne dizaine d’années avant que celle-ci ne se produise. Par contre, pour vendre ou céder, il faut s’afficher, et cela, ce n’est pas bon pour les affaires.

«Peu d’entreprises affichent publiquement qu’elles sont à vendre ou qu’elles se cherchent une relève. Et c’est compréhensible. On ne met pas d’enseigne À vendre en face d’un commerce, ça envoie un mauvais signal aux clients. Ça lance un message que l’entreprise est instable, alors on préfère tout simplement ne pas le dire, avec l’effet pervers que cela entraîne», explique-t-elle.

LES ÉDITIONS DE LA FRANCOPHONIE CHERCHENT DE NOUVEAUX PROPRIÉTAIRES

MONCTON – Les Éditions de la Francophonie cesseront temporairement leurs activités en attendant de trouver de nouveaux propriétaires.

Denis et Faye Sonier ont lancé les Éditions de la Francophonie en 2001. Le projet de retraite du couple devait remplir le vide laissé par les Éditions d’Acadie qui avaient fermé leurs portes un an plus tôt.

Douze ans et 550 publications plus tard, les Sonier ont décidé qu’il était temps de passer le flambeau. Après deux ans à chercher sans succès de nouveaux propriétaires pour leur maison d’édition, ils ont choisi «de mettre fin aux activités courantes des Éditions de la Francophonie» à la fin de l’année.

L’entreprise ne ferme pas ses portes, insiste Denis Sonier.

«Les Éditions de la Francophonie ne sont plus à vendre, mais elles sont à poursuivre. Nous avons essayé de la vendre pour sa valeur réelle, mais ça ne se vend pas.»

M. Sonier demeure cependant convaincu que quelqu’un souhaitera prendre la barre de la maison d’édition d’une façon ou d’une autre.

«Ça ne se peut pas qu’il n’y ait pas une relève. Et ça va être encore mieux que ce que nous faisons, j’en suis sûr. La relève, ça ajoute des idées nouvelles, de nouvelles façons de faire», confie-t-il.

Alors que les Éditions d’Acadie étaient en faillite en l’an 2000, ceux de la Francophonie «sont à leur sommet à tous les égards», assure Denis Sonier.

À son avis, l’Acadie ne peut se passer d’une entreprise de ce genre.

«Dans un milieu minoritaire, tu dois avoir une maison d’édition qui accepte tous les genres. Sinon, les gens vont se décourager. Ils vont se dire: “On ne publie pas parce que l’on ne sait pas où aller.”»

D’ici à ce que quelqu’un se manifeste pour prendre le flambeau, les Éditions de la Francophonie ont convenu de transmettre à une autre maison d’édition les nouvelles demandes de publication qui continuent à affluer.

«Nous voulions nous assurer que le service offert, à la clientèle acadienne surtout, se poursuive. À compter de maintenant, les demandes d’édition seront dirigées vers les Éditions GML», a précisé M. Sonier.

«Nous travaillons avec madame Gisèle Marcoux-Lemieux depuis 20 ans. C’est une collaboratrice de longue date dans nos entreprises d’édition et d’impression», a-t-il dit. – MRC