Des médailles pour des vétérans de la guerre de Corée

NDLR – À l’approche du jour du Souvenir, l’Acadie Nouvelle publie aujourd’hui une série d’articles portant sur nos anciens combattants. Nous vous invitons aussi à lire notre cahier spécial sur le jour du Souvenir (pages 25 à 30).

CAMPBELLTON – Quatre anciens combattants de la région du Restigouche viennent de recevoir une médaille de remerciement du gouvernement de la Corée du Sud en guise de reconnaissance pour leur participation à l’effort de guerre dans ce pays.

Alphé Bernard - Acadie Nouvelle: Jean-François Boisvert
Alphé Bernard – Acadie Nouvelle: Jean-François Boisvert

L’année 2013 est d’ailleurs particulière puisqu’elle marque le 60e anniversaire de la fin du conflit en Corée. Le jour du Souvenir prend donc une signification particulière pour Lionel Albert, Alphé Bernard, Ronald Boudreau et Venner Doucet, tous récipiendaires de cette médaille remise par la Corée du Sud aux vétérans étrangers ayant pris part au conflit entre 1950-1953.

C’est un autre ancien combattant de la guerre de Corée, Gilles Martin, de Nouvelle (Québec), qui a eu l’idée d’honorer les vétérans de la Gaspésie et du nord du Nouveau-Brunswick.

«Pour recevoir cet honneur, on doit retourner en Corée. Bien que la majorité des dépenses soient payées, beaucoup de vétérans ne peuvent y aller, et ce, pour diverses raisons, que ce soit l’argent, la santé ou même l’intérêt. Car pour certains, retourner là-bas, c’est une trop grosse charge émotive», explique-t-il.

Fantassin lors de la guerre, M. Martin a vécu les combats de très près. En 2011, il a néanmoins décidé de retourner visiter le pays où il a combattu.

«Ce fut une expérience inoubliable», confie-t-il.

«J’étais curieux de voir ce que ce pays était devenu après autant d’années, curieux de voir ce que notre travail là-bas avait donné. Et j’ai trouvé que les Coréens ont fait vrai un miracle. Lorsque nous, soldats, sommes allés là-bas entre 1950 et 1953, presque personne ne connaissait ce pays. Aujourd’hui, c’est devenu une puissance économique mondiale. Je suis vraiment content d’avoir eu la chance d’y retourner, car ça m’a permis de voir que nous ne sommes pas allés combattre là-bas pour rien», dit-il.

C’est lors de ce voyage en Corée que les représentants coréens lui ont remis sa médaille. De retour au pays, il trouvait que ses compatriotes n’ayant pu être à ses côtés se devaient aussi de recevoir cet honneur.

«Les Coréens sont des gens qui sont très reconnaissants et qui ont un respect immense pour nous, les vétérans. Je me trouvais privilégié de recevoir cette médaille et je voulais en faire profiter mes compagnons», explique-t-il.

En février, il a donc entrepris des recherches afin de trouver d’anciens combattants de la guerre de Corée. Il s’est rendu jusqu’au Restigouche. En tout, il a réussi à en débusquer 16 en Gaspésie et au Restigouche.

En octobre, un représentant du consulat coréen s’est déplacé à New Carlisle afin de remettre en main propre les médailles à ces vétérans, du moins à ceux qui étaient en mesure de se déplacer.

«Il restait quatre médailles à donner, et ce sont celles des quatre personnes demeurant au Restigouche. Ça boucle donc la boucle», indique M. Martin.

CE N’ÉTAIT PAS UNE PARTIE DE PLAISIR LÀ-BAS»

CAMPBELLETON – Alphé Bernard, de Balmoral, est l’un des quatre anciens combattants de la guerre de Corée à avoir été honoré vendredi.  Âgé aujourd’hui de 83 ans, il n’était âgé que de 20 ans lorsqu’il s’est enrôlé. Mécanicien, il a été l’un des chanceux à avoir été tenu à l’écart de la zone des combats.  «J’ai fait un total de 18 ans dans l’armée. J’en garde de bons souvenirs et de moins bons», relate-t-il.

Outre la guerre de Corée, il a également servi en Afrique du Nord ainsi qu’en Europe. Après sa carrière militaire, il est revenu à Balmoral, où il s’est ouvert un garage.

Originaire de Carleton, et lui aussi résidant de l’unité des anciens combattants de l’Hôpital régional de Campbellton, Ronald Boudreau a également reçu cet honneur. Il se souvient avoir vu la guerre de vraiment près. «J’étais ce que l’on appelle un stretcher bearer. J’allais chercher les blessés sur les lignes de feu. On se trouvait à 150 verges de l’ennemi. Les Coréens du Nord, on les voyait marcher de notre position», se remémore-t-il. «Ce n’était pas une partie de plaisir là-bas. Chaque jour, il y avait des bombardements sur les lignes ennemies. On aurait dit le tonnerre qui ne finissait pas. Ça durait des heures. Je me souviens un jour, on devait aller chercher une patrouille. Sur 14 hommes partis, on en a ramené qu’un seul, un Chiasson de Shippagan», raconte-t-il.

En dépit de la proximité de la zone de combat, ce dernier n’a que très légèrement été blessé. «Ce n’était pas une blessure grave. C’était des éclats d’une bombe. On me les a enlevés, donné quelques jours de repos, et c’était reparti», raconte-t-il.

M. Boudreau est resté trois ans dans l’armée avant de partir et de se diriger en soudure. Malgré les horreurs dont il a été témoin, il avoue qu’il ne détestait pas la vie militaire.

«Je suis quelqu’un qui aime la discipline. Dans l’armée, j’étais bien servi pour ça. Je ne regrette pas d’avoir été dans l’armée», souligne-t-il. – JFB