Une concertation pour sauver le patrimoine religieux

TRACADIE-SHEILA – Entre des édifices souvent en mauvais état et des communautés qui n’ont pas toujours les moyens d’en assurer l’entretien, le patrimoine religieux est à la croisée des chemins. Pour aider à sa sauvegarde, le père Zoël Saulnier prône la mise en place d’une table de concertation.

L’organisme devrait officiellement voir le jour à la fin de janvier. Une première réunion est programmée à Shippagan pour mettre en commun toutes les bonnes volontés attachées à la sauvegarde d’édifices qui ont pour certains plus d’un siècle.

La première étape, selon le père Saulnier, serait de faire «un inventaire du patrimoine communautaire à connotation religieuse de la Péninsule acadienne et du reste de la province». En somme, dresser un état des lieux avant de passer à la deuxième étape, certainement la plus compliquée, celle de la concertation pour faire le choix des biens les plus importants à sauver.

«Je ne dis pas qu’il faut sauvegarder tous les lieux de culte ou tous les presbytères, mais ceux où il y a une valeur patrimoniale, précise le père Saulnier, il faudrait aller plus loin que le sentiment, voir quelle est la valeur architecturale, mais ce n’est pas simple», reconnaît-il.

Il assure que plusieurs personnalités, dont des historiens, des écrivains et même un maçon, se sont montrées intéressées par son projet de table de concertation. Un groupe élargi pourrait plus facilement avoir une vision objective sur les édifices à prioriser que ne peuvent pas toujours avoir les personnes directement concernées. Dans chaque communauté, assez naturellement on tient toujours à défendre son patrimoine.

Dans cette optique, le père Saulnier souhaite que le ministère du Tourisme, du Patrimoine et de la Culture soit aussi partie prenante afin de déterminer quels sont les biens communautaires qui ont la plus grande valeur architecturale ou historique. Une participation du gouvernement qui pourrait ouvrir la voie à un engagement plus concret que le père Saulnier appelle de ses vœux.

Jusqu’à présent, rien ne semble possible sur le plan financier. Si le ministère du Tourisme, du Patrimoine et de la Culture a bien des programmes pour aider à la conservation du patrimoine architectural du Nouveau-Brunswick, les églises ne peuvent s’en prévaloir. La subvention pour les lieux patrimoniaux par exemple prévoit que «les restaurations d’églises et de cimetières toujours en usage (…) ne sont pas admissibles».

Une approche que conteste fermement le père Zoël Saulnier même s’il ne veut pas polémiquer. «C’est vraiment une réaction de collégiens de dire – on ne donne rien, car la foi s’exprime ici -, ce n’est pas ainsi que je vois la laïcité», considère-t-il en espérant que la province change d’approche pour le bien commun.

Un changement qui ne semble pas encore d’actualité. Au début du mois, le vice-premier ministre Paul Robichaud s’est déclaré opposé à la mise à disposition de fonds provinciaux spécifiques pour financer la sauvegarde des églises du Nouveau-Brunswick.

«Moi, je crois que le patrimoine religieux est un bien communautaire dont nous avons la gestion. Je crois en une laïcité ouverte, il ne faut pas oublier que ceux qui expriment leur foi dans ces lieux sont aussi des contribuables», rappelle tout de même le père Saulnier.