Un an après son adoption, la réforme de l’assurance-emploi continue de soulever la grogne

CARAQUET – Le 6 janvier 2013. Il y a déjà un an, jour pour jour, depuis l’entrée en vigueur de la réforme de l’assurance-emploi et la mise en place d’une série de changements par le gouvernement Harper qui est toujours loin de faire l’unanimité.

Dans le cadre de la réforme, un chômeur doit démontrer qu’il est activement à la recherche d’un emploi pour toucher ses prestations et accepter tout «emploi raisonnable» situé à moins de 100 km de sa résidence.

Depuis un an, les «prestataires fréquents», comme les travailleurs saisonniers, sont particulièrement préoccupés, puisque les changements demandent qu’après six semaines de recherche de travail, qu’ils acceptent un emploi avec un salaire correspondant à 80 % de leur salaire précédent. À compter de la septième semaine, le prestataire est obligé d’accepter un salaire à partir de 70 % de son ancien salaire.

Un prestataire fréquent est tout individu ayant présenté trois demandes ou plus et ayant reçu des prestations pendant plus de 60 semaines au cours des cinq dernières années.

L’hiver dernier, de nombreux groupes opposés aux changements n’ont pas tardé à se faire entendre et à mener une série de manifestations dans l’ensemble du Nouveau-Brunswick, ainsi qu’ailleurs au Canada.

Dans la Péninsule acadienne, ce mouvement a été mené par Alma Breau Thibodeau. En collaboration avec d’autres individus, cette travailleuse saisonnière a formé le Comité d’action assurance-emploi à l’été 2012.

Les manifestations ont suivi peu après, dont certaines qui ont regroupé plusieurs milliers de personnes. Plusieurs y ont ajouté leur voix pour appuyer la cause, dont plusieurs municipalités et même des curés du diocèse de Bathurst.

Si le nombre d’événements a diminué pendant l’été 2013, il ne s’agit pas de la fin du mouvement, affirme Alma Breau Thibodeau.

Jointe au téléphone, elle affirme vouloir poursuivre la lutte contre la réforme cet hiver. Un premier événement doit avoir lieu avant la fin du mois.

«C’est important de continuer le mouvement. Si on lâche, il (le gouvernement) va continuer d’en ajouter. D’après moi, notre travail est en train de se faire voir. On ne lâche pas prise et on n’est pas prêt à lâcher prise», souligne-t-elle.

Elle demande au gouvernement fédéral de revenir sur ses pas et de retirer la réforme.

«Il faut la mettre dans la poubelle!»

Ce point de vue est partagé par Guy Lanteigne, également membre du Comité d’action assurance-emploi, auteur de nombreuses lettres d’opinion et instigateur d’une pétition qui a été signée par environ 34 000 personnes.

«Je veux faire tout ce qui est légalement possible de faire pour montrer aux gens que ce gouvernement n’est pas crédible et qu’il doit partir. J’essaie de faire tout ce que je peux pour que cette réforme prenne le bord», dit-il.

Après un an, Guy Lanteigne reconnaît que les conservateurs ne reviendront point sur leur décision, mais estime que le comité a réalisé de grands progrès. Il salue aussi la détermination d’Alma Breau Thibodeau.

«On a eu un impact très important. On a été une bougie d’allumage. Je ne dis pas que le monde ne se serait pas réveillé, mais on a été les premiers à le faire. Il y a eu un effet boule de neige.»

«On a fait des petits avec ça. Avec le temps on a emmené plein de gens avec nous. Aujourd’hui, on parle d’un méga mouvement auquel même le Conseil de la fédération s’est penché dessus et qui demande maintenant qu’une consultation devrait avoir lieu avant que des changements puissent être apportés.»

Quelques événements marquants…

6 janvier 2013 – Entrée en vigueur officielle de la réforme de l’assurance-emploi.

26 janvier – Plus de 1200 personnes se réunissent à l’intérieur du Centre communautaire d’Inkerman pour une séance d’information. Les députés fédéraux, Yvon Godin et Dominic LeBlanc, figuraient parmi la liste des invités, ainsi que Brian Gallant, chef du Parti libéral du Nouveau-Brunswick. Danny Soucy et Claude Landry, du Parti progressiste-conservateur y étaient aussi ainsi que des leaders autochtones.
«Stephen Harper, prend ta crisse de réforme et crisse-la dans la poubelle», avait lancé Yvon Godin.

11 février – Une troisième manifestation en cinq jours regroupant plus de 500 personnes a lieu à Tracadie-Sheila. Les manifestants ont bloqué le chemin et la circulation au centre-ville. Certains ont exprimé leur colère en allumant un feu en plein milieu de la route.

2 mars – Des milliers d’opposants à la réforme se rassemblent devant l’église Saint-Pierre-aux-Liens de Caraquet. Un peu plus tard, ils prennent place dans l’église et reçoivent une bénédiction du père David Ferguson. Plusieurs manifestations ont lieu aux quatre coins de la province pendant tout le mois de mars.

23 mars – Le ton monte lors d’un déjeuner de la Chambre de commerce du Grand Moncton entre le ministre Bernard Valcourt et un opposant, Guillaume Deschênes-Thériault. Bernard Valcourt accuse le jeune étudiant de l’Université de Moncton de mener une campagne de peur en collaboration avec le NPD.

29 avril – 150 personnes manifestent à Edmundston contre la réforme. La ville fait partie de la circonscription du ministre Bernard Valcourt. Plus de 1000 personnes avaient participé à une manifestation semblable en mars.

25 juillet – Le Conseil de la fédération, qui comprend les premiers ministres des treize provinces et territoires du Canada, aborde la question de la réforme lors d’une réunion à Niagara-On-The-Lake, en Ontario. Ils s’entendent sur le fait qu’une consultation avec les provinces et territoires devrait avoir lieu avant que des changements à l’assurance-emploi ne soient apportés

3 octobre – Lancement du livre L’assurance-emploi – Les raisons de la colère de Jean-François Caron, politologue à l’Université de Moncton.

5 novembre – Environ 80 organismes opposés à la réforme tiennent des conférences de presse dans différentes villes du pays, dont Moncton, afin de demander au premier ministre Stephen Harper d’annuler la réforme.

20 décembre – Statistique Canada révèle que le nombre de prestataires a diminué entre octobre 2012 et octobre 2013. Au Nouveau-Brunswick, le nombre de prestataires est passé de 36 000 à 32 000.