Une patiente dénonce les conditions de son transfert entre Saint-Jean et Tracadie-Sheila

SHIPPAGAN – Victime d’un malaise cardiaque le mois dernier, Delcia Haché, une résidante de Shippagan âgée de 89 ans, dénonce les conditions de son transfert entre l’hôpital de Saint-Jean et celui de Tracadie-Sheila.

L’octogénaire reprend des forces une semaine après sa sortie de l’hôpital.

«Vous savez, ça ne me tente pas trop de parler, mais si je ne parle pas ça va continuer et le système restera de même. Il faut que le système change pour le bien des patients», explique-t-elle en entrevue avec l’Acadie Nouvelle.

Assise dans son fauteuil, son frère Gilles à ses côtés, Delcia Haché revient sur cette journée du 28 décembre qui a été de son propre aveu la pire de sa vie.

«Ce par quoi je suis passée, je n’oublierais jamais ça de ma vie», assure la vieille dame.

Ses reproches concernent principalement l’équipe d’Ambulance NB qui l’a prise en charge entre Bouctouche et Miramichi, mais aussi l’accueil qui lui a été réservé à l’hôpital de Miramichi.

Le début de son transfert entre l’hôpital de Saint-Jean où elle avait été opérée deux jours plus tôt et celui de Tracadie-Sheila se passe normalement. Les choses prennent une autre tournure quand une nouvelle équipe d’Ambulance Nouveau-Brunswick prend la relève à Bouctouche alors que les conditions météorologiques se dégradent.

«Je n’ai jamais vu du monde pareil. Ils s’occupaient plus de la tempête que du patient. Ils étaient assis tous les deux en avant. Moi dans la civière, je ne les ai pas vus beaucoup», explique Delcia Haché.

«Dans la tempête j’étais gelée, à moitié hors de la civière, la couverte était partie. Ils ne se sont pas du tout occupés de moi», poursuit-elle.

L’équipe lui aurait demandé si elle parlait anglais, ce à quoi elle a répondu par la négative. «Mais je comprends l’anglais», dit-elle.

En cours de route, l’équipe paramédicale semble craindre que l’état de santé de la patiente ne se dégrade.

«Ils ont cru que je faisais une nouvelle attaque de cœur.» Un médicament lui est alors administré. Mais c’est ensuite que les choses se gâtent vraiment d’après Delcia Haché.

«On avait passé Miramichi, ils étaient perdus et n’avaient pas l’air de connaître la route. Ils ont dit entre eux on va aller la dumper (déposer) à Miramichi. Ils ont tourné de bord et m’ont dumpée à (l’hôpital de) Miramichi en disant que je faisais une crise cardiaque. Ils ont pris ma civière et m’ont poussée loin en arrière à l’écart, dans un coin pas chauffé, où le monde ne pouvait pas me voir. Les ambulanciers sont repartis assez vite.»

Selon ses souvenirs, elle serait arrivée là vers 15 h et le médecin qui l’examine ensuite aurait rapidement conclu qu’elle ne faisait pas de malaise cardiaque. Elle tente alors tant que bien que mal de faire comprendre au personnel hospitalier que son médecin l’attend à Tracadie-Sheila. Elle ne reçoit pour toute réponse que des «petites tapes sur l’épaule» qui ne la rassurent nullement.

Les heures passent. La patience de Delcia Haché est mise à rude épreuve.

«Vers 18 h je commence à crier pour de l’aide, tout le monde me regardait, j’avais vraiment l’impression qu’ils me prenaient pour une vieille folle.»

Il lui faudra attendre encore jusqu’aux alentours de 22 h pour qu’un membre du personnel daigne passer un coup de fil à l’Hôpital de Tracadie-Sheila et s’aperçoive qu’elle était bel et bien attendue là-bas.

«Pendant tout ce temps ils ne m’ont rien donné, pas même une tasse de thé ou un verre d’eau», s’indigne Delcia Haché. Elle est persuadée que ce sont ses origines acadiennes qui lui ont valu en partie pareil traitement.

«J’étais une vieille française (…) Si j’avais été une vieille anglaise ils ne m’auraient pas poussée à l’écart et laissée seule, j’ai été maltraitée», considère-t-elle.

Son frère est également convaincu que les difficultés qu’elle a eues à communiquer avec des équipes médicales unilingues anglophones n’ont pas arrangé la situation. Il ne veut pas en rester là.

«Je ne peux pas passer par dessus ça. Je compte bien faire une plainte au Bureau du commissaire aux langues officielles. C’est le système qui n’est pas bon. Ils auraient dû lui parler en français, pas la servir en anglais. Je veux dénoncer ça. On dit qu’on a une province bilingue, mais de l’autre côté de Miramichi il n’y en a plus de bilinguisme.»

AMBULANCE NOUVEAU-BRUNSWICK SE DÉFEND

CARAQUET – Contactée par l’Acadie Nouvelle, Ambulance Nouveau-Brunswick se défend des accusations de Delcia Haché et de son frère sur l’absence de service en français dont aurait été victime la patiente durant une partie de son transport en ambulance.

«Ambulance Nouveau-Brunswick prend très au sérieux sa responsabilité de fournir des soins à ses patients dans la langue de leur choix. Dans le cas en question, toutes les équipes responsables des soins de la patiente étaient bilingues», assure Tracy Bell, l’agente des relations publiques d’Ambulance NB, dans un courrier électronique envoyé à l’Acadie Nouvelle.

Elle y précise que le fournisseur de services paramédicaux «n’a reçu ni plainte ni communication de la part de la patiente ou d’un membre de la famille» et l’invite à communiquer directement avec Ambulance NB.

Quant à savoir pourquoi Delcia Haché a été laissée en cours de route à l’hôpital de Miramichi, la société n’offre pas de réponse précise.

«Pour des raisons de confidentialité, ANB n’est pas en mesure de donner des détails sur les raisons précises pour lesquelles nos travailleurs paramédicaux ont eu besoin d’emmener la patiente à l’Hôpital régional de Miramichi lorsqu’ils étaient en route pour Tracadie-Sheila. Il va sans dire que les soins requis et l’état du patient guident toujours nos actions sur le terrain.»

En juin, le Bureau du commissaire aux langues officielles s’était montré assez critique envers Ambulance NB sur la question du bilinguisme. Dans le rapport, plusieurs incidents linguistiques étaient mis en avant et ils démontraient les difficultés qu’éprouvait la société pour offrir des services dans les deux langues.