L’avenir du transport de passagers reste incertain

MIRAMICHI – Le Canadien National n’avait pas que de bonnes nouvelles à annoncer, vendredi à Miramichi. L’entreprise a indiqué qu’elle compte mettre fin à ses opérations dans un tronçon emprunté presque exclusivement par les trains de passagers de VIA Rail Canada.

À l’heure actuelle, la majeure partie du chemin de fer Newcastle, qui relie Moncton et Campbellton, sert à transporter des wagons de marchandises. Ce n’est toutefois pas le cas pour le tronçon situé entre Miramichi et Bathurst, en plein coeur de la province.

Le train Océan de VIA Rail Canada, qui relie Halifax à Montréal, est à peu près le seul à l’emprunter, selon le CN, qui affirme l’avoir utilisé récemment lors du déraillement près de Plaster Rock. Un cas exceptionnel, selon l’entreprise.

«C’était la deuxième fois en 10 ans qu’on le faisait. La ligne Newcastle, on ne s’en sert pas comme divergence (pour contourner le chemin de fer qui se trouve dans l’ouest du Nouveau-Brunswick), sauf lorsqu’on en a vraiment besoin», explique le vice-président aux services corporatifs du CN, Sean Finn.

Le CN estime que ce tronçon n’est pas suffisamment achalandé et soutient qu’il faudrait un investissement de 10 millions $ pour le moderniser. C’est pourquoi il compte cesser de l’exploiter.

Mais tout n’est pas encore perdu. Avant de pouvoir démanteler ce tronçon, le CN devra respecter la réglementation fédérale et tenter de le vendre à des intérêts privés. Si cela ne fonctionne pas, il l’offrira aux gouvernements. Si cela échoue, il pourrait le démanteler dès cet été.

Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, David Alward, affirme que les canaux de communications sont toujours ouverts entre le gouvernement et VIA Rail. Il garde bon espoir que le tronçon reliant Miramichi et Bathurst ne sera pas démantelé.

«Nous n’avons pas abandonné. Nous négocions toujours. Nous pensons que VIA et le gouvernement fédéral auront l’occasion de voir ce qui peut être fait au cours des six prochains mois.»

L’ABSENCE DU GOUVERNEMENT HARPER DÉPLORÉE

Des élus municipaux et le critique de l’opposition officielle applaudissent l’annonce de la modernisation d’une partie du chemin de fer Newcastle. Ils déplorent cependant que le fédéral n’ait pas encore délié les cordons de sa bourse.

Peu après l’annonce du projet majeur qui assurera l’avenir du transport ferroviaire de marchandises dans le nord-est de la province, vendredi à Miramichi, plusieurs intervenants ont fait part de leur réaction partagée.

Le président de l’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick, Roger Doiron, était ravi d’apprendre que des dizaines de millions de dollars seront investis par le gouvernement provincial et le Canadien National.

«Je pense qu’à l’heure actuelle, c’est une annonce intéressante pour l’ensemble de la province. C’est intéressant pour le Nord, pour la Miramichi. Ça sécurise un réseau qui joue un rôle important dans le développement économique de ces régions.»

Il faut maintenant régler la question du tronçon reliant Miramichi et Bathurst, emprunté par le train Océan de VIA Rail, dit-il. Cette portion du chemin de fer pourrait être démantelée dans quelques mois si le CN ne parvient pas à le vendre à des intérêts privés ou aux gouvernements.

Selon Roger Doiron, le fédéral doit sauter dans la mêlée.

«Ce qu’il faut maintenant ajouter, c’est le tronçon pour VIA. Il faut trouver le moyen de convaincre le fédéral de maintenir l’intégrité du réseau pour assurer non seulement le transport des marchandises, mais aussi le transport du monde.»

Le maire de Petit-Rocher, Luc Desjardins, était du même avis.

«C’est une bonne nouvelle, à moitié. Ma réaction est mi-figue, mi-raisin. C’est bon pour l’économie, c’est bon pour l’industrie et c’est un pas dans la bonne direction, mais il faut compléter le tronçon. Il manque un joueur à la table. C’est au fédéral maintenant de nous donner les raisons pour lesquelles il n’est pas ici aujourd’hui pour annoncer sa contribution.»

Le critique de l’opposition officielle pour les dossiers liés aux transports et à l’infrastructure, Bill Fraser, n’a pas mâché ses mots à l’égard du gouvernement fédéral.

«Je suis très déçu. Il y avait un élément clé qui manquait aujourd’hui; un partenariat avec le gouvernement fédéral. Le fédéral doit jouer un rôle», a dit celui qui représente la circonscription de Miramichi-Baie-du-Vin à l’Assemblée législative.

À son avis, cette absence du fédéral à la table est symptomatique de la vision qu’a Stephen Harper de l’avenir de l’économie canadienne.

«Il est évident que Stephen Harper et David Alward ne sont pas d’accord sur de nombreuses choses. Stephen Harper semble avoir oublié les provinces de l’Atlantique, surtout le Nouveau-Brunswick. L’investissement majeur qui sera effectué par les contribuables du Nouveau-Brunswick (pour moderniser le chemin de fer Newcastle) ne sera pas appuyé par le gouvernement fédéral.»