Le «sexting», nouveau fléau dans les écoles

SAINT-QUENTIN – L’idée de partager des photos de vous nu par l’entremise de votre téléphone intelligent vous a déjà traversé l’esprit? Non? C’est pourtant ce que font de plus en plus d’adolescents.

Le sexting, c’est la nouvelle mode dans les écoles secondaires. Il consiste à partager à l’aide du web – principalement les téléphones portables – des photos ou des vidéos sexuellement explicites.

«C’est le nouveau moyen pour les jeunes d’explorer leur sexualité. Toutefois, c’est une pratique qui est très loin d’être saine et sécuritaire», avertit Édith Caron, infirmière en santé publique dans la zone 4.

«Un jeune m’a déjà confié avoir vu sept photos de filles dénudées de son école. Elles les avaient envoyées à leurs petits amis qui, eux, ne se sont pas gênés pour les montrer à leurs copains», explique-t-elle.

C’est avec ce genre d’exemples qu’elle espère faire cesser cette pratique dans les écoles du District scolaire francophone du Nord-Ouest. En fait, une campagne visant à contrer ce phénomène a été lancée à la polyvalente A.-J.-Savoie de Saint-Quentin, campagne dont le slogan est «Avant d’envoyer ou partager, réfléchissez!»

«Le sexting, c’est un phénomène beaucoup plus répandu qu’on le croit. On ne le retrouve pas uniquement dans le Nord-Ouest, mais bien partout en province. Tout le monde est concerné», souligne l’infirmière.

Dans la majorité des cas, le sexting se fait à l’intérieur d’une relation amoureuse. Les jeunes s’offrent alors des photos explicites en cadeau.

«Le problème, c’est qu’il ou elle pense que cette relation sera éternelle, ce qui est loin d’être le cas dans la grande majorité des couples de cet âge. Et lorsque la relation prend fin, souvent, ces photos deviennent une arme de chantage. On menace l’autre partenaire de diffuser les photos publiquement», note Mme Caron.

Parmi les autres raisons qui motivent le sexting, on note également le désir d’être accepté, de devenir populaire, pour séduire. Il y a de plus le leurre, soit des adultes qui tentent de harponner des personnes d’âge mineur en vue de contacts sexuels.

Avec cette campagne de sensibilisation, Mme Caron désire livrer une mise en garde aux jeunes qui seraient tentés de se croire intouchables.

«Une fois que vous cliquez sur envoyer, vous n’êtes plus maître de votre photo, vous venez d’en perdre le contrôle. Elle se retrouve entre les mains de quelqu’un qui, lui, a tout le loisir de faire ce qu’il veut avec. Et si ça se retrouve sur le web, c’est comme un tatou: ça part très difficilement. Les conséquences peuvent être très graves, ça peut suivre une personne très longtemps dans sa vie», dit-elle.

L’envoi d’images sexuelles explicites n’est pas la seule problématique du sexting, il y a aussi le partage de ce matériel par la suite, souligne Mme Caron. Même les utilisateurs des fameux snapchats, application qui supprime la photo après quelques secondes pour effacer les preuves, ne sont pas à l’abri.

«Oui, les photos s’effacent, mais c’est tellement facile pour le destinataire de faire une capture d’écran avec son téléphone intelligent. Ce genre d’application cause une fausse sensation de sécurité auprès des jeunes», note-t-elle.

LA PRUDENCE EST DE MISE

CAMPBELLTON – Autrefois, c’était les petits mots passés d’une main à l’autre dans la classe. Aujourd’hui, c’est carrément des photos explicites de soi qui sont partagées.

«Les jeunes sont tellement téméraires. Ils ne voient pas le danger.»

Sexologue et chroniqueuse sur la sexualité dans les pages de l’Acadie Nouvelle, Anne Richard met en garde les jeunes quant à la pratique du sexting, sorte de dérivé selon elle de la pornographie et de l’hypersexualisation.

Une étude américaine a récemment dévoilé que 20 % des adolescents (américains) ont déjà envoyé des images de leurs parties intimes par téléphone portable. Le tiers des filles et la moitié des garçons auraient déjà reçu ce genre d’images.

«Se prendre en photo en soutien-gorge, nue ou partiellement nue, et envoyer cela à son copain est devenu pour certains jeunes un geste banal. Mais au contraire, c’est quelque chose à prendre très sérieusement. Ils se dirent: “Y’a rien là… C’est pas grave… Tout le monde le fait…” Mais en fait, il faut qu’ils réfléchissent sur l’endroit où va se retrouver cette photo. Qui va la voir? Que va-t-on faire avec ce message? Il faut penser aux conséquences», dit-elle.

Selon Mme Richard, les jeunes se sentiraient valorisés en s’exposant de la sorte par l’entremise du sexting. «Si ce ne l’était pas, ils ne le feraient pas», note-t-elle. «Malheureusement, avec ce genre pratique – tout comme avec la pornographie – les jeunes commencent leur vie sexuelle à l’envers. Au lieu de commencer une relation à partir de sentiments émotifs et ensuite évoluer vers le niveau physique, ils font l’inverse. C’est immédiatement des actes physiques et par la suite on fait place aux sentiments. Les jeunes aujourd’hui ont plus de pudeur à montrer leurs sentiments qu’à se déshabiller. C’est dommage, car alors que la sexualité devrait être quelque chose de grandiose, les jeunes la banalisent.»

Pour Mme Richard, les parents ont un rôle énorme à jouer pour contrer le phénomène du sexting.

«En premier lieu, au niveau de la sensibilisation. On doit dire à nos enfants que ce ne sont pas des comportements sains. Et en second lieu, en appliquant une surveillance plus accrue du matériel, comme les téléphones intelligents. Ce n’est pas bien qu’un jeune ait tout le temps son téléphone avec lui. Il faut des règles», soutient la sexologue, remettant en question au passage la présence des cellulaires dans les écoles.

Outre le sexting, Mme Richard met également en garde les utilisateurs des nouvelles technologies sur le contenu en général qu’ils mettent en ligne.

«Si seulement les jeunes – et les adultes – savaient combien de gens peuvent voir leurs photos sur le Net, sur Facebook par exemple. On le fait bien avec insouciance, comme des photos en bikini prises lors d’un voyage. Mais c’est fou comment ces clichés peuvent faire du chemin et se retrouver devant des yeux qu’on ne voudrait pas», dit-elle, appelant à plus de vigilance.

Le sexting pour les «vieux»?

Phénomène exclusivement répandu chez les jeunes, le sexting? Pas nécessairement. Selon Mme Richard, les nouvelles technologies font en sorte que cette pratique trouve également ses adeptes chez les adultes qui veulent pimenter leur vie sexuelle. Toutefois, elle précise que les mêmes règles s’appliquent, peu importe l’âge.

«Les couples, ça se brise. Le divorce, ça existe! Si votre conjoint ou conjointe a des photos et vidéos explicites de vous, il peut en faire ce que bon lui semble. La vigilance est donc toute aussi de mise que chez les jeunes», rappelle la sexologue.