Foyer de soins spéciaux: le gouvernement accusé de faire de la discrimination

FREDERICTON – Des propriétaires de foyer de soins spéciaux reçoivent l’appui de l’opposition dans leur lutte contre la «discrimination» de la part du ministère du Développement social. Ils dénoncent la décision du ministère de subventionner seulement les frais des résidants atteints d’Alzheimer ou de démence.

En avril 2012, la ministre du Développe­ment social de l’époque, Sue Stultz, annonçait l’ouverture de 704 lits de soins spécialisés dans le secteur privé pour les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer et de démence.

Le gouvernement a cessé du même coup de subventionner les places en foyer de soins spéciaux de catégorie 3B pour les autres personnes âgées.

«Notre gouvernement, présentement, fait de la discrimination, selon le diagnostic médical des personnes âgées», en conclut la copropriétaire des foyers McNair Manor de Moncton, Amy McNair-Klassen.

La femme était à la tête d’une délégation venue présenter une pétition de 1200 noms à l’Assemblée législative à Fredericton, vendredi.

«Sans diagnostic d’Alzheimer, nos aînés sont automatiquement exclus des foyers de soins spéciaux de niveau 3B. Ça rallonge la liste d’attente pour des centres d’hébergement et de soins de longue durée et ça coûte plus cher au contribuable», a-t-elle affirmé.

Les résidants des foyers de soins spéciaux souffrent d’une maladie mentale ou d’un problème physique «stable du point de vue médical» et ont besoin d’être épaulés ou supervisés en tout temps, selon la définition gouvernementale.

Les centres d’hébergement et de soins de longue durée sont gérés par des organismes à but non lucratif tandis que les foyers de soins spéciaux sont la propriété d’entrepreneurs privés.

La mère de Mark Mattison aurait été l’une des victimes de la décision du ministère lorsqu’elle s’est brisé le coude et la hanche.

«Quand elle a été hospitalisée, sa seule option c’était de rester à l’hôpital pour un an ou deux. Il n’y avait plus de lits disponibles dans les centres de soins de longue durée», raconte M. Mattison.

«Le ministère du Développement social nous a déconseillé d’aller dans un foyer de soins spéciaux parce qu’elle ne s’intégrerait pas bien avec les patients atteints de démence. Quand nous avons décidé de payer nous-mêmes, toutes leurs objections ont disparu. Ils voulaient que l’on y aille au plus vite», témoigne-t-il.

Selon la ministre actuelle du Développement social, Madeleine Dubé, il était important de séparer les résidants atteints de démence des personnes âgées à la santé fragile.

«Il y a un risque quand on mélange les gens atteints de démence et ceux qui sont plus frêles. Ils peuvent être confus parfois et prendre une autre chambre pour la leur. Il y a eu des incidents», a expliqué la ministre.

Mme Dubé a assuré que son gouvernement accordait un soutien financier aux aînés selon le niveau de soins dont ils ont besoin.

Madeleine Dubé a tenu à préciser que dans la région de Moncton seulement, 72 personnes jugées admissibles à demeurer dans un foyer de soins de catégorie 3B par le gouvernement sont en attente d’une place. Selon elle, des lits sont disponibles, mais les tarifs de certains propriétaires sont plus élevés que les prix de l’industrie et ce que le ministère accepte de subventionner. Ces personnes n’auraient pas les moyens de payer la différence, d’après la ministre.

Joint par téléphone, le président de l’Association francophone des établissements de soins spéciaux au Nouveau-Brunswick, Marc Léger, n’était pas en mesure de confirmer si la grogne des propriétaires des résidences McNair Manor était généralisée parmi ses membres.

Ceux qui s’opposent au ministère n’ont pourtant pas l’intention de lâcher le morceau.

«Nous n’allons pas abandonner. Nous allons en faire un enjeu électoral. Nous irons mettre de la pression sur les députés, circonscription par circonscription», a promis Mark Mattison

Selon le député libéral de Moncton-Centre, le gouvernement doit absolument faire volte-face

«C’est une décision qui peut être changée. Ça ne devrait même pas devenir un enjeu électoral. Il est possible de faire des changements immédiatement pour avoir un impact positif sur la vie de ces personnes âgées. Il faut en finir avec cet entêtement», a déclaré Chris Collins.