Plébiscite dans la région de Tracadie: des opposants crient à la fraude

MONCTON – Plus de trois mois après la victoire de justesse du «oui» lors du plébiscite dans la région Tracadie-Sheila, les leaders du camp adverse n’en démordent pas et allèguent que les résultats ont été manipulés.

Les deux têtes de proue du mouvement du «non», Vernon Losier et Vincent Marzerolle, remettent en question la validité du plébiscite sur la création d’une municipalité régionale, notamment en raison de l’existence de centaines de «votes multi», provenant majoritairement de trois bureaux de vote.

C’est ainsi que sont nommés les votes qui sont associés à un bureau de vote, mais pas à une section de vote (chaque bureau accueille les électeurs de plusieurs sections).

Selon Élections NB, leur existence est attribuable à des erreurs commises par certains des employés, qui ont mal identifié les bulletins lors du plébiscite (voir autre texte). Mais ce n’est pas du tout ainsi que l’entendent les opposants.

Dans une lettre envoyée à Élections NB, le 11 mars dernier, Vincent Mazerolle soulève des questions sur ces votes. Selon lui, les bureaux de vote dont ils proviennent ont été «ciblés par certains personnages pour étaler, dissimuler, dissiper et même camoufler» leur «véritable provenance.»

En interview téléphonique avec l’Acadie Nouvelle, son collègue Vernon Losier évoque une série d’éléments qu’il juge préoccupants et qui, selon lui, portent à croire que les résultats ont pu être manipulés «après les heures de fermeture, en cours de route ou au bureau de Tracadie-Sheila».

Parmi ces éléments qui appuient ses dires, toujours selon lui, il y a entre autres le fait que les observateurs du camp du «non» n’ont pas vu tous les relevés des machines de compilation dès la fermeture des bureaux de vote et certains pépins techniques et retards ont été rapportés.

L’une des théories qu’il avance veut que des employés d’Élections NB du bureau régional du scrutin, à Tracadie-Sheila, auraient usurpé l’identité de personnes n’ayant pas voté, «tripoté des machines» afin de faire pencher la balance du côté du «oui» et substitué les vrais résultats par des résultats, qu’il qualifie de truqués.

«Les résultats qui ont été donnés, on sait, nous autres, qu’ils sont tous truqués», dit-il.

Vernon Losier et Vincent Mazerolle demandent maintenant à Élections NB de procéder à un recomptage complet et de leur permettre de vérifier la validité des votes. lls attendent une réponse à la dernière lettre qu’ils lui ont adressée plus tôt ce mois-ci.

«Qu’ils ouvrent les boîtes et qu’ils nous montrent les erreurs qu’ils ont commises. On verra s’ils disent la vérité ou pas. C’est bien simple l’affaire» dit Vernon Losier.

Cela dit, Élections NB leur a déjà indiqué dans une lettre précédente que la loi ne prévoit pas de recomptage des votes lors d’un plébiscite. Si les deux opposants essuient un autre refus, il est question d’une plainte à la GRC ou de démarches devant les tribunaux.

«On va aller en cour. On va amener ça en cour et on va démontrer qu’il y a possibilité de fraude. Tout mène à croire qu’il y a eu fraude ou manipulation, dissimulation de votes et ainsi de suite», dit Vernon Losier.

Élections NB rejette d’emblée les allégations

MONCTON – Élections NB rejette d’emblée que les résultats du plébiscite aient été manipulés de quelque façon que ce soit par ses employés.

Dans l’une des lettres qu’il a fait parvenir à Vincent Mazerolle et à Vernon Losier, le directeur des élections municipales, Michael Quinn, affirme qu’un examen du plébiscite a été effectué.

Il dit notamment qu’à la lumière de cet examen, il en est arrivé à la conclusion que «bien qu’il y ait eu quelques questions de procédure mineures, elles étaient toutes limitées au rapport du vote, et non à la validité du processus de votation ou au résultat.»

En interview téléphonique avec l’Acadie Nouvelle, le directeur général adjoint des élections municipales, David Owens, abonde dans le même sens et rejette du revers de la main l’allégation que des employés aient manipulé quoi que ce soit.

Des mécanismes de sécurité étaient en place afin de préserver l’intégrité du plébiscite, sans parler du fait que plusieurs employés ayant prêté serment auraient dû être complices pour réussir à trafiquer quoi que ce soit, mentionne-t-il.

«Oui, ils peuvent faire des erreurs ici et là, mais s’ils faisaient des choses comme ça (manipuler les résultats), ce serait sans l’ombre d’un doute contre la loi. Et évidemment, on le saurait. Quelqu’un les dénoncerait. Personne à part de M. Mazerolle n’est venu à nous avec des preuves, ou même la suggestion, que cela s’est passé.»

David Owens rappelle qu’un dépouillement manuel des votes exprimés au bureau de Brantville a eu lieu, le 6 décembre, en compagnie de représentants des deux camps. Les procédures n’avaient pas été suivies à la lettre par les employés d’Élections NB le 2 décembre dans ce bureau et Élections NB voulait dissiper tout doute sur la validité du vote. Le deuxième compte a donné les mêmes résultats que la compilation effectuée par les machines le soir du plébiscite.

Quant à l’existence des «votes multi», notamment ceux du bureau de Saumarez, le directeur des communications d’Élections NB, Paul Harpelle, a une explication. Chaque vote est numérisé, ce qui permet de mener à des évaluations des scrutins sans briser les sceaux des urnes, qui sont gardés à Fredericton, dit-il.

Comme Vincent Mazerolle et Vernon Losier posaient de nombreuses questions sur ces bulletins, il raconte que son collègue est allé jeter un coup d’oeil dans les archives du plébiscite.

«David Owens estimait qu’il était important de sortir certaines images afin de déterminer ce qui aurait pu être mal effectué. C’est là qu’il a découvert que dans ce bureau en particulier, il y avait deux travailleurs qui ont utilisé le numéro qui se trouvait sur la machine au lieu d’utiliser le numéro associé au bureau de vote. C’est pour cela que l’erreur a été répétée tant de fois.»

Selon Paul Harpelle, les opposants ont cherché à trouver une faille dans le plébiscite du 2 décembre dernier, mais n’y sont tout simplement pas arrivés parce qu’il n’y en a pas.

«Ils ont soulevé chaque pierre possible à la recherche de quelque chose qui mettrait en doute le résultat de ce plébiscite. Point par point, nous avons essayé répétitivement de leur expliquer que, même s’il y a eu des problèmes procéduraux avec des travailleurs, nous sommes sûrs que les résultats du vote ce soir-là sont valides.»