Retrait des troupes canadiennes en Afghanistan: certains n’en sont jamais revenus

EDMUNDSTON – Même si le conflit leur a coûté un fils, Conrad et Gisèle Michaud soutiennent que le Canada a vraiment fait une différence en Afghanistan.

Le dernier contingent d’une centaine de soldats canadiens en mission en Afghanistan est rentré au pays en début de semaine. Plus de 40 000 militaires y sont allés sur une période de 10 ans. Par contre, 158 y ont laissé leur vie, dont le caporal Charles-Philippe Michaud, d’Edmundston.

Les images à la télévision au cours des derniers jours ont ravivé de douloureux souvenirs au couple Michaud. Malgré ce qui est arrivé à leur fils, ils soutiennent que la présence du Canada en Afghanistan était justifiée.

«C’était un pays dévasté. Grâce aux militaires canadiens, il y a de meilleures routes et des milliers d’enfants vont maintenant à l’école», a dit Mme Michaud.

«Le Canada ne peut pas toujours dire non. On ne sait jamais, peut-être que ce sera nous un jour qui aurons besoin d’une telle aide. C’est une malchance qui est arrivée à notre fils», a dit M. Michaud.

Le 4 juillet 2009, leur fils, le caporal Charles-Philippe Michaud, a perdu la vie à l’âge de 28 ans, après avoir marché quelques jours plus tôt sur une mine antipersonnelle à Kandahar. Il en était à sa troisième mission outre-mer, sa deuxième en Afghanistan après une première en Bosnie.

Rapatrié de toute urgence au pays, il est décédé dans un hôpital de la ville de Québec. Il a été l’un des deux soldats blessés en Afghanistan à mourir au Canada. Ses parents l’ont vu une dernière fois vivant le 29 avril 2009, avant qu’il ne parte pour sa troisième mission outre-mer.

«Dès l’âge de trois ans, Charles s’habillait en soldat dans la maison. C’est le métier qu’il avait choisi, il était dans son élément et il adorait cela. Il était un leader et un mentor auprès des jeunes soldats. Il était conscient du risque et nous aussi. On espérait toujours que rien de malheureux ne se produirait. Il a fait le sacrifice de sa vie pour son pays», a dit Gisèle Michaud. Elle a ajouté qu’il était à trois semaines de pouvoir aller en vacances et de venir à Edmundston lorsque le malheur a frappé.

Son père Conrad a rappelé qu’il a été blessé sérieusement devant ses compagnons d’armes.

«Lorsqu’il s’est blessé, il était le dernier d’une file d’une cinquantaine de personnes à avoir tous marché dans les mêmes traces. Il était toujours l’un des premiers, mais pas cette fois-là», a-t-il mentionné.

Malgré cela, Conrad et Gisèle Michaud n’en veulent pas «à la vie».

«Ça laisse des traces pour la vie. Nous ne souhaitons pas que d’autres familles vivent cela», a indiqué Mme Michaud.

Conrad Michaud a raconté que son fils était tellement fier de son pays que sa famille lui envoyait une boîte par semaine avec des produits canadiens de toutes sortes.

«Ça prenait trois semaines pour se rendre. Quand la boîte arrivait, c’était comme la fête au village, car il partageait avec tout le monde», a-t-il expliqué.

Journée nationale de commémoration le 9 mai

Le 4 juillet 2014 marquera le cinquième anniversaire du décès du caporal Charles-Philippe Michaud.

D’ici là, sa famille se rendra à Ottawa afin de participer à la Journée nationale de commémoration des soldats canadiens décrétée pour le 9 mai par le premier ministre Stephen Harper, mardi. Elle vise à reconnaître le courage de ceux qui se sont battus, la mémoire de ceux qui y ont perdu la vie et rendre hommage à tous ceux qui ont été impliqués dans cette mission de 10 ans en Afghanistan.

Le regretté caporal Charles-Phillipe Michaud ne sera jamais oublié de ses compagnons d’armes. Sa mère, Gisèle Michaud, a fait remarquer qu’ils sont plusieurs à venir rendre visite à la famille à Edmundston le 4 juillet, lors du jour du Souvenir, le 11 novembre, ou encore lorsqu’ils sont en route vers Gagetown.

Les récents suicides de quelques militaires ont relancé le débat du stress post-traumatique. Le couple Michaud croit que les Forces armées canadiennes (FAC) doivent apporter un suivi plus sérieux auprès des militaires qui ont participé à de telles missions.

«Quand Charles venait ici entre ses missions, on s’apercevait qu’il était différent. Le moindre bruit le faisait sursauter et il devenait en état d’alerte. Ce n’est pas juste de faire des sessions de debriefing de quelques jours avec eux, ça prend un suivi pour s’assurer qu’ils vont bien. C’est beau d’avoir embauché des psychologues, mais les FAC doivent s’assurer que les militaires les consultent. Ce sont des hommes grands et forts, mais ils sont aussi orgueilleux», a dit Mme Michaud.